Société

Soudan du Sud : une des situations « parmi les plus horribles » pour les droits de l’homme selon l’ONU

Mis à jour le 11 mars 2016 à 15:40

Opération de désarmement d’enfants-soldats dans la région du Pibor, au Soudan du Sud, le 10 février 2015. © Charles Lomodong/AFP

Un rapport du Haut commissariat des Nations unies pour les droits de l’homme paru vendredi tire la sonnette d’alarme sur la situation au Soudan du Sud. Le texte pointe des viols massifs, des civils brûlés vifs ou découpés en morceaux, des « morts que l’on ne compte plus ». Pour l’organisation, il s’agit de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

« Il s’agit d’une situation des droits de l’homme parmi les plus horribles dans le monde, avec une utilisation massive du viol comme instrument de terreur et comme arme de guerre ». Voilà ce qu’ a déclaré le haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, suite à la publication d’un rapport qui recense les exactions constatées par les enquêteurs des Nations unies  au Soudan du Sud durant l’année 2015.

Violences sexuelles à grande échelle

L’ONU parle d’au moins 1 300 cas de viols entre avril et septembre 2015, dans le seul État d’Unité, un des plus touchés par le conflit parmi les dix États que compte le Soudan du Sud. Et selon des sources considérées comme crédibles par les observateurs, des milices pro-gouvernementales seraient autorisées à violer les femmes en gage de salaire.

« L’échelle et le type de violences sexuelles qui sont principalement le fait des forces gouvernementales SPLA (Armée populaire de libération du Soudan) et des milices qui leur sont affiliées sont décrits avec des détails épouvantables et dévastateurs, tout comme l’attitude presque désinvolte mais calculée de ceux qui ont massacré les civils et détruit des biens et des moyens de subsistance », a ajouté le haut commissaire.

Infographie sur la situation au Soudan du Sud

Où en est le Soudan du Sud ?

Où en est le Soudan du Sud ? © J.A. / Anne Kappès-Grangé

Les forces gouvernementales en cause

Les exactions qui sévissent dans le pays depuis le début de la guerre civile en 2013 n’auraient donc pas diminué l’année dernière. Et ce, malgré un accord de paix signé le 26 août dernier entre Salva Kiir, le chef de l’État, et Riek Machar, le chef des forces rebelles.  Le conflit se serait même intensifié en 2015, particulièrement dans l’État d’Unité. Pourtant dans cette zone, les forces d’opposition n’offraient plus de réelle résistance à la fin de l’année dernière, fuyant avant l’arrivée des forces pro-gouvernementales SPLA.

Selon David Marshall, le coordinateur de la mission des Nations unies dans le pays, « les violations des droits de l’homme ont été perpétrées principalement par les forces gouvernementales, bien que les rebelles soient aussi coupables d’atrocités ». Et d’ajouter : « L’État et les forces pro-gouvernementales orchestrent les violences à l’encontre des populations civiles, ce qui rend difficile la poursuite des coupables. » Le rapport contient des témoignages sur des civils soupçonnés de soutenir l’opposition, y compris des enfants et des personnes handicapées, qui ont été assassinés, brûlés vifs, asphyxiés dans des conteneurs, tués par balle, pendus à des arbres ou découpés en morceaux.

Crimes de guerre et crimes contre l’humanité

« Étant donné l’ampleur, la profondeur et la gravité des allégations, leur cohérence, leur répétition et les similarités observées dans le mode opératoire, le rapport conclut qu’il existe des motifs raisonnables de penser que ces violations pourraient constituer des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité », a affirmé le Haut commissariat de l’ONU.

L’ONU est la deuxième organisation en 24 heures à pointer une aggravation de la situation de ce pays d’Afrique de l’Est, déchiré depuis 2013 par une guerre civile opposant les forces pro-gouvernementales soutenant le président Salva Kiir, à la rébellion suivant Riek Machar.  Amnesty International a en effet aussi estimé vendredi que la décision de soldats gouvernementaux sud-soudanais de tuer plus de 60 hommes et enfants en les laissant suffoquer dans un conteneur de marchandises placé en plein soleil, en octobre 2015, s’apparente à un crime de guerre.