Politique

Qui est Ahmed Aboul Gheit, fidèle de Moubarak élu à la tête de la Ligue arabe ?

Ahmed Aboul Gheit élu secrétaire général de la Ligue arabe. © Bela Szandelszky/AP/SIPA

Ahmed Aboul Gheit, élu jeudi secrétaire général de la Ligue arabe, a été le dernier ministre des Affaires étrangères de l'ex-raïs égyptien Hosni Moubarak, qu'il a fidèlement servi pendant sept ans avant de faire volte-face lors de la révolte de 2011.

L’Égyptien de 73 ans prendra ses fonctions en juillet pour un mandat de cinq ans au siège de la Ligue arabe au Caire, succédant ainsi à son compatriote Nabil al-Arabi, qui a annoncé en février qu’il ne briguerait pas de second mandat.

« Les consultations ont abouti (…) à la nomination d’Ahmed Aboul Gheit au poste de secrétaire général de la Ligue arabe », a annoncé le ministre des Affaires étrangères bahreïni Khaled Ben Ahmed al-Khalifa lors d’une allocution au siège de la Ligue arabe retransmise à la télévision.

« Ahmed Aboul Gheit, ex-ministre des affaires étrangères de l’Égypte, Secrétaire général de la Ligue arabe pour cinq ans à compter du 1er juillet 2016. »

Un « simple exécutant » sous Moubarak

Le diplomate vétéran a su rebondir après avoir été moqué pour avoir déclaré « l’Égypte n’est pas la Tunisie » quelques jours seulement avant le soulèvement de janvier 2011 qui a mis fin au règne de l’ex-président Hosni Moubarak. Il avait alors été la risée des réseaux sociaux, le président égyptien abandonnant piteusement le pouvoir à l’instar du dictateur tunisien Zine El Abidine Ben Ali, lorsque l’armée l’a lâché après 18 jours de manifestations.

La chute du clan Moubarak l’oblige alors à se faire discret, et il se consacre à la rédaction de ses mémoires dans lesquelles il multiplie les piques à l’encontre de l’ex-président octogénaire, qu’il avait pourtant fidèlement servi depuis sa nomination à la tête de la diplomatie égyptienne en 2004. « En commençant à travailler avec lui, j’ai été surpris de découvrir un homme à l’âge avancé, dont la détermination et la concentration s’érodaient avec le passage des années », confie-t-il.

Il reconnait toutefois n’avoir été qu’un simple exécutant. « J’ai toujours refusé les prétentions de certains ministres des Affaires étrangères égyptiens affirmant que les politiques qu’ils ont mises en place ont accompli ceci ou cela », écrit-il. « En vérité, tous les ministres n’ont fait qu’exécuter les politiques étrangères dictées par leurs présidents ».

Un riche parcours

Diplomate de carrière à l’anglais impeccable, marié et père de deux enfants, ses détracteurs lui reprochent cependant sa personnalité effacée et de n’être qu’un simple exécutant qui s’écarte rarement de ses notes.

Ayant rejoint le corps diplomatique en 1965 après des études de commerce, M. Aboul Gheit va pourtant gravir les échelons au sein du ministère, occupant divers postes à Rome, Moscou et New York. Il participe notamment aux négociations de Camp David de 1978, qui aboutiront à la signature du traité de paix historique entre l’Égypte et Israël l’année suivante.

En 1999, il est nommé représentant permanent de l’Égypte auprès de l’ONU, avant d’être rappelé au Caire en 2004 pour prendre la tête de la diplomatie.

Des prises de position contestées

La nomination de M. Aboul Gheit, seul candidat, était présentée comme acquise depuis plusieurs jours, mais Doha l’a retardée de quelques heures jeudi. Le ministre qatari des Affaires étrangères Cheikh Mohamed ben Abderrahmane Al-Thani a exprimé « les réserves » de son pays sur le choix de M. Aboul Gheit, espérant qu’il « maintiendrait le contact avec tous les pays arabes pour servir les intérêts de l’action arabe commune ».

Le Qatar reproche en effet au dernier ministre des Affaires étrangères de l’ex-président Hosni Moubarak d’avoir poussé son pays à bouder en 2009 un sommet arabe sur le conflit israélo-palestinien organisé par le petit émirat du Golfe.

Contrairement au flamboyant Amr Moussa, qui l’a précédé aux Affaires étrangères ainsi qu’à la Ligue arabe, et qui s’est fait connaître pour ses positions hostiles à Israël, M. Aboul Gheit a adopté une ligne plus conciliante à l’égard de l’État hébreu. En 2008, il a accusé le mouvement islamiste Hamas, au pouvoir dans la bande de Gaza, d’avoir provoqué l’offensive israélienne sur l’enclave palestinienne.

La Ligue arabe a quasiment toujours été dirigée par des diplomates égyptiens. Le Caire estime qu’en tant que puissance régionale accueillant le siège de l’organisation, ce poste lui revient. Traditionnellement, le secrétaire général effectue deux mandats à la tête de la Ligue, fondée en 1945 et qui compte 22 États membres. La participation de la Syrie a toutefois été suspendue fin 2011 en raison du conflit.

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