Arts

Photographie : une exposition sur la torture en Tunisie pour la première fois à Paris

Une photographie de l'exposition « Sous le Jasmin : histoire d’une répression en Tunisie ».

Une photographie de l'exposition « Sous le Jasmin : histoire d’une répression en Tunisie ». © Augustin Le Gall / "Sous le Jasmin"

L’exposition photographique « Sous le Jasmin : histoire d’une répression en Tunisie » fera escale en France début avril, dans le cadre du festival international du film des droits de l’homme (FIFDH). Un travail artistique autour du thème de la torture, qui met en lumière un pan sombre de l’histoire tunisienne.

Fruit d’une collaboration entre le photographe Augustin Le Gall et l’organisation mondiale contre la torture (OMCT), cette exposition sera présentée au Luminor-Hôtel de ville et à la mairie du 4e arrondissement de Paris, du 30 mars au 15 avril.

Le projet regroupe une série de portraits et de témoignages sur la pratique de la torture en Tunisie de 1956 à nos jours, et s’inscrit dans un travail de mémoires, collective et individuelles.

Une première en Tunisie et en France

En 2011, Augustin Le Gall s’installe en Tunisie pour couvrir le soulèvement populaire, puis décide d’y rester pour témoigner des enjeux de la transition démocratique. En 2012, il commence à se consacrer aux traumatismes enfouis de nombreuses victimes de la torture depuis l’indépendance de la Tunisie.

« Je ne connaissais pas l’ampleur de la répression sous la dictature, et avec la révolution j’ai pris une claque », a-t-il confié à Jeune Afrique.

Son exposition sur la torture, une première du genre en Tunisie, a circulé dans 24 régions du pays de 2013 à 2015 avec l’aide du ministère de la Culture. Depuis, elle continue son parcours dans des universités tunisiennes, après un passage par le Canada puis la Suisse. La première présentation de ce projet en France coïncidera avec les commémorations du 60e anniversaire de l’indépendance tunisienne.

Ali Ben Salem, opposant à la colonisation française, au régime de Bourguiba puis à celui de Ben Ali.

original (4) © Augustin Le Gall/ »Sous le Jasmin »

Augustin Le Gall/"Sous le Jasmin"

Ramzi Romdhani, arrêté et emprisonné en 2007 pour son activité clandestine de formation au jihad. © Augustin Le Gall/ »Sous le Jasmin »

« À travers ce projet, on a voulu mettre en avant les grandes vagues de répression dans l’Histoire tunisienne, mais aussi la diversité de personnes, de tous âges et de tous horizons, touchées par cette violence », explique le photographe. « Certaines de ces personnes n’avaient jamais parlé de leur histoire auparavant. »

Et c’est à travers ces photos en noir et blanc qu’une trentaine d’entre elles ont choisi de le faire, pour se libérer d’un poids mais aussi pour attirer l’attention sur un sujet qui fait encore des remous aujourd’hui en Tunisie.

Augustin Le Gall/"Sous le Jasmin"

Najoua Rezgui, emprisonnée entre 1994 et 1997 pour avoir milité au sein de l'Union générale des étudiants de Tunisie (UGET). © Augustin Le Gall/ »Sous le Jasmin »

Un sujet encore d’actualité

Si la plupart de ces portraits renvoient aux règnes successifs des présidents Habib Bourguiba et Zine el-Abidine Ben Ali, quelques histoires ont été recueillies plus récemment. « Deux nouveaux témoignages récents seront ajoutés, montrant la persistance de ce phénomène aujourd’hui », nous a expliqué Augustin Le Gall. Ces faits remontent à fin 2013, et à septembre 2015.

« Le gouvernement tunisien a exprimé une réelle volonté de lutter contre cette pratique, qui n’est ni minoritaire, ni une généralité. Le plus gros problème reste cependant l’impunité des personnes impliquées dans ces violences », rappelle Augustin Le Gall.

Augustin Le Gall/"Sous le Jasmin"

Nabil Arari, arrêté en mai 2012 dans le cadre d'une affaire de droit commun pour une accusation de meurtre. © Augustin Le Gall/ »Sous le Jasmin »

Augustin Le Gall/"Sous le Jasmin"

Rim Aroussi, violentée à par plusieurs policiers lors d'une manifestation à Tunis en mai 2011. © Augustin Le Gall/ »Sous le Jasmin »

Le 14 janvier 2016, l’ONG Amnesty International a publié un rapport mettant en garde contre « la reprise d’une répression brutale » cinq ans après la révolution. « Lors d’une mission en Tunisie en décembre 2015, nos représentants ont recensé plusieurs décès en garde à vue, ainsi que des allégations de torture durant des interrogatoires de police », peut-on lire dans ce rapport.

Dalila Mahfoud et Michel Cantal Dupart, deux des victimes de torture en Tunisie, seront présents au vernissage de l’exposition le 1er avril 2016. Pour partager, pour surmonter, pour avancer.

Abonné(e) au magazine papier ? Activez gratuitement votre compte Jeune Afrique Digital pour accéder aux contenus réservés aux abonnés.

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte