Politique

Afrique du Sud : qui était Chris Hani et pourquoi la libération de son assassin suscite un tel émoi ?

Chris Hani, le leader communiste sud-africain assassiné en 1993. © AP/SIPA

L'annonce de la mise en liberté surveillée de l'assassin de Chris Hani a ravivé le souvenir du leader communiste érigé, juste après sa mort, en symbole anti-apartheid alors que le régime ségrégationniste vivait ses derniers moments.

L’annonce par la Haute Cour de Pretoria de la sortie de prison de Janusz Walus, qui a tué par balles Chris Hani est loin d’être passée inaperçue en Afrique du Sud. Des commentaires très critiques vis-à-vis de la décision du tribunal ont abondé jeudi dans les médias sud-africains. « La juge n’est qu’une raciste », a déclaré Limpho Hani dans le Times sud-africain la veuve du leader politique africain, tué par balles par l’homme d’origine polonaise.

« Une tragédie pour tous les Sud-Africains »

Agitant le spectre de l’apartheid, les partis politiques ont exprimé leurs inquiétudes de voir resurgir des figures du régime ségrégationniste, soulignant la libération, elle aussi très critiquée en janvier dernier d’Eugene de Kock, figure de proue de l’apartheid. « Sous ce gouvernement, les gens qui ont perpétré l’apartheid peuvent être libres, mais ceux qui se sont battus pour une cause juste sont toujours en prison », déplore dans le Times sud-africain le Pan Africanist Congress, qui fait référence à certains de ses membres toujours en prison.

L’ANC, parti au pouvoir aux côtés duquel Chris Hani a milité, a demandé à ce que Walus soit expulsé et retourne dans son pays d’origine, la Pologne. « La libération de Walus est une parodie de justice, et une tragédie pour la famille Hani, mais aussi pour tous les Sud-Africains qui croient aux droits de l’homme et qui croient en notre droit de nous battre pour notre liberté », a déclaré la porte-parole du parti Zizi Kodwa.

Héros posthume

23 ans après sa mort, Chris Hani continue de vivre dans les esprits des Sud-Africains, pour son combat, mais aussi parce que son assassinat a eu lieu à un moment-clé de l’histoire du pays, et a eu de fortes répercussions politiques dans le pays.

Il est né dans une famille Khosa du Transkei (au Nord-Est du Cap), sous le nom Martin Tembisile Hani. Il se fera plus tard connaître sous son nom d’emprunt, Chris, en hommage à son plus jeune frère mort prématurément. À quinze ans, il adhère aux jeunesses de l’ANC.

En 1960, il rejoint la branche armée de l’ANC 

L’ANC devient hors-la-loi et Hani rejoint sa branche armé, l’Umkontho We Qizwe (« la lance de la nation »), dont il prendra rapidement la direction. Il sera nommé, en 1987, chef d’état-major de l’organisation et mettre en place des actions de sabotage dans le pays.

Arrestation et exil

En 1962, Chris Hani est arrêté pour la première fois, et est emprisonné pour violation de la loi interdisant l’activisme en faveur du communisme. C’est le début d’une série d’arrestations, qui vont amener Chris Hani à s’exiler, pour aller combattre au Lesotho et en Rhodésie. En 1990, il rentre d’exil et devient le secrétaire général du parti communiste sud-africain.

Assassinat

Chris Hani est abattu par balles dans le garage de sa maison le 10 avril 1993 en banlieue de Johannesburg. Trois jours plus tard, Nelson Mandela prononce un discours à la télévision pour lui rendre hommage et invite le pays à se rendre à ses funérailles.

pablo

À cette période, les tensions sont vives. L’ANC a cessé ses actions armées depuis août 1990, les exilés sont de retour, et les lois d’apartheid ont été abrogées. Mais  une guérilla entre pro et anti-apartheid continue d’ensanglanter le pays et  les négociations pour la tenue d’élections multiraciales piétinent.

Dans son discours, Nelson Mandela appelle au calme tout en réaffirmant sa détermination à mener le combat politique. Six mois plus tard, l’Afrique du Sud se dote d’une Constitution provisoire, ouvrant la voie aux premières élections multiraciales en avril 199, que Nelson Mandela va remporter.

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