Télécoms

Maroc : Abdeslam Ahizoune, la loyauté récompensée

Le boss de Maroc Télécom est l'un des patrons les plus influents du royaume. Au sein du groupe Vivendi, actionnaire majoritaire, son entregent et sa fidélité font l'unanimité.

Quand Salaheddine Mezouar, ministre marocain de l’Économie, part à l’étranger faire la promotion du royaume, Abdeslam Ahizoune est souvent du voyage. À 56 ans, le président du directoire de Maroc Télécom fait partie des patrons les plus influents du pays, au même titre que Mohamed Kettani (Attijariwafa Bank), Othmane Benjelloun (BMCE Bank) ou Mostafa Terrab (Office chérifien des phosphates).

Son bâton de maréchal, le natif de Tiflet, à 60 km de Rabat, l’a gagné en faisant de l’opérateur historique l’un des leaders africains du secteur des télécoms, présent dans cinq pays et dont le chiffre d’affaires a atteint 2,8 milliards d’euros en 2010. Et même si, ces derniers mois, la concurrence sur le marché marocain a entamé la domination de Maroc Télécom, l’intéressé peut se féliciter d’avoir maintenu un niveau de marges élevé.

Exposition préjudiciable

Un groupe à mille lieues de l’administration chérifienne des postes et des télécommunications où Abdeslam Ahizoune a fait ses classes, à la fin des années 1970, en tant qu’ingénieur diplômé de l’École nationale supérieure des télécommunications de Paris. À cette époque, sa force de travail est vite remarquée et, en 1983, il est nommé au poste de directeur des télécommunications.

Proche du palais

Mais Abdeslam Ahizoune fait rapidement les frais de cette nouvelle exposition. En 1986, il est durement interrogé par les services de police dans le cadre d’une enquête sur de supposés détournements de fonds. Blanchi de toutes les accusations, il attendra un an avant d’être réintégré à son poste et restera très marqué par cet épisode. Il ne demandera en revanche jamais réparation du préjudice subi, preuve de son inaltérable loyauté envers son pays.

Il est membre • du conseil d’administration de la Fondation Mohammed V pour la solidarité • de la Fondation Mohammed VI pour l’environnement • de l’Association Lalla Salma de lutte contre le cancer.

Un dévouement à toute épreuve qu’il met désormais au service de… Vivendi (53 % du capital de Maroc Télécom) : depuis cinq ans, l’opérateur chérifien, qui distribue à ses actionnaires 100 % de son résultat (820 millions d’euros en 2010), est devenu la vache à lait du groupe français. La fidélité d’Abdeslam Ahizoune est généreusement récompensée. En 2010, il aurait perçu au titre de ses différentes responsabilités environ 2,3 millions d’euros, ce qui le classe parmi les patrons les mieux payés du Maghreb.

Choyé

S’il est tant choyé, c’est aussi parce qu’il est depuis longtemps un proche du palais. Repéré par le roi Hassan II, il a intégré le gouvernement en 1992, avec une nouvelle génération de technocrates, pour amorcer la libéralisation de l’économie. Quelques années plus tard, c’est l’un des principaux artisans de la loi télécoms préparant l’éclatement de l’Office national des postes et des télécommunications (ONPT). C’est d’ailleurs lui qui, après avoir quitté le gouvernement, dirigera l’opération, avant de prendre la direction de la branche télécoms de l’ONPT, devenue Maroc Télécom, et de mener à bien sa privatisation.

Apprécié des élites économiques, Abdeslam Ahizoune semble aussi l’être des 11 000 salariés marocains. Alors que la Poste est traversée par de fréquentes grèves, l’opérateur historique n’a jamais connu de grands mouvements sociaux. La démonstration est cependant moins probante dans les filiales d’Afrique subsaharienne, comme au Burkina, où le management des dirigeants marocains est parfois jugé trop brutal. Mais le développement international, bien qu’effectué à petits pas, reste prioritaire. Et ce n’est pas l’échec du rachat de Bénin Télécoms, en mai, qui devrait faire dévier Abdeslam Ahizoune de cet objectif. 

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