Société

RDC : les réductions de peines des militants de Lucha sont-elles le fruit de pressions diplomatiques ?

Vendredi 4 mars, la cour d’appel de Goma, dans l’est de la RD Congo, a condamné six militants de Lutte pour le changement (Lucha) à six mois de prison ferme pour incitation à la révolte.

Par - à Kinshasa
Mis à jour le 8 mars 2016 à 17:38

Une manifestation organisée par Lucha à Goma, le 13 avril 2014. © Facebook / Lucha

Le 24 février, ils avaient écopé de deux ans, provoquant de vives critiques de l’ONU, plusieurs pays et diverses ONG. « On s’attendait tous à la confirmation de la peine de deux ans, voire à son aggravation », confie un militant de Lucha.

Vendredi soir, la Radio-télévision nationale congolaise (RTNC, chaîne publique) a qualifié la réduction de peine de « cinglante démonstration de l’indépendance de la justice congolaise ». Mais un diplomate de haut rang confie à Jeune Afrique qu’il estime que l’allègement de la peine est la conséquence de pressions « fortes », « discrètes » et « bien coordonnées de toutes les chancelleries : États-Unis, Belgique, Grande-Bretagne, Allemagne, France, Canada, Union européenne, ainsi que l’ONU ».

Chantage aux visas

Il précise qu’il y a eu des « échanges en tête à tête avec plusieurs ministres » et que les diplomates ont fait comprendre que la délivrance de visas posera problème pour les responsables présumés de la répression pré-électorale. Ils espèrent ainsi protéger les opposants ou membres de la société civile qui demandent le respect de la Constitution qui empêche Joseph Kabila de briguer un troisième quinquennat, ou qui plaident pour la tenue de la présidentielle à temps, en novembre 2016, alors que les retards s’accumulent.

Interrogé, Lambert Mende, porte-parole du gouvernement, dément toute pression. « C’est totalement faux. (…) C’est un mensonge ! » Démenti aussi de la menace de blocage de visa. « Blocage par rapport à quoi ? Qu’est ce qu’ils nous donnent ? Nous avons de gros besoins pour la Ceni (Commission électorale nationale indépendante), mais ils ne donnent rien ! Si nous tournons, c’est probablement grâce à la Chine ! »

Les chancelleries sont soudées. « Nous passons invariablement le même message de manière individuelle : strict respect de la constitution, élections dans les délais, respect des droits de l’Homme et de la liberté d’expression », énumère le diplomate. En outre, « pour tous les passeports officiels, on envisage de donner des visas qui expirent tous le 19 décembre 2016 », la date de fin du mandat de Joseph Kabila.