Energie

L’Electrify Africa Act et le défi de l’électrification de l’Afrique

Par

Chercheur au Centre africain de l’Atlantic Council (Washington)

Le président américain Barack Obama, ici lors du Salon Power Africa Innovation Fair de Nairobi le 25 juillet 2015. © Evan Vucci/AP/SIPA

Le président Barack Obama a signé le 08 février dernier l’acte de promulgation de la Loi sur l’électrification de l’Afrique (Electrify Africa Act). Cette action symbolise le nouvel engagement des États-Unis d’Amérique pour l’accélération de l’électrification de l’Afrique.

Electrify Africa Act vient renforcer l’initiative Power Africa lancée en 2013. À ce jour, cette initiative a permis de mobiliser 20 milliards de dollars d’engagements du secteur privé pour la génération de 4 100 mégawatts (MW) d’électricité et la connexion de 4 millions de personnes. De son côté, Electrify Africa Act vise la fourniture de l’électricité à 50 millions de personnes en Afrique d’ici 2020.

Pour cela, les promoteurs devront œuvrer à la génération d’environ de 20 000 MW supplémentaires d’électricité, favoriser les réformes réglementaires et de transparence nécessaires au développement du secteur, et mettre en place les mécanismes nécessaires à la participation du secteur privé.

La consommation électrique de l’Afrique subsaharienne est inférieure à celle de l’Espagne.

Ces mesures et initiatives sont à renforcer et à encourager étant donné que l’Afrique continue de faire face à des défis considérables en matière d’énergie.

Aujourd’hui, l’Afrique compte seulement 290 millions de personnes sur 915 millions qui ont accès à l’électricité. Les efforts de renforcement de la couverture électrique prennent de l’ampleur mais restent inférieures à la progression démographique du continent. La consommation électrique de l’Afrique subsaharienne est inférieure à celle de l’Espagne. Au rythme de progression actuel, on estime que l’Afrique ne sera pas totalement électrifiée avant 2080 !

La faiblesse de l’accès à l’énergie a un impact sur l’ensemble des secteurs. Dans le domaine économique, les problèmes liés à l’accès à l’énergie coûtent à l’Afrique subsaharienne entre 2 à 4 points de PIB par an. Dans une dizaine de pays, 90 % des écoles primaires n’ont pas accès à l’électricité. Cette situation pèse surtout sur les femmes et les populations pauvres. Selon le Rapport 2015 sur les Progrès en Afrique, les ménages les plus pauvres dépensent à peu près 10 dollars par KWh pour s’éclairer.

En contraste, le coût moyen national de l’électricité aux États-Unis est de 0,012 dollar USD. Cela signifie que les femmes en zone rurale de certains pays de l’Afrique Sub-Saharienne payent 80 fois plus cher leur électricité qu’un habitant de New York.

Les problèmes liés à l’accès à l’énergie coûtent à l’Afrique subsaharienne entre 2 à 4 points de PIB par an.

Face à ces défis, de nombreux pays ont pris la mesure de l’urgence et agissent en conséquence. Ainsi, grâce au projet d’énergie solaire de Noor Ouarzazate, le Maroc sera en mesure de générer 580 MW d’électricité, ce qui pourra alimenter un million de foyers d’ici 2020.

Le Rwanda a réussi à tripler son taux d’électrification en quelques années, passant de 6 % en 2008 à 17 % en 2012, et prévoit d’atteindre un taux de 60 % d’ici 2020.

Pour l’ensemble de l’Afrique, les besoins en investissements pour satisfaire la demande et assurer un accès pour tous à l’électricité d’ici 2030 sont estimés à environ 55 milliards de dollars par an. Des réformes adéquates dans les pays et un renforcement de la coopération régionale seront nécessaires. Dans cette perspective, le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a dévoilé son Nouveau pacte pour l’énergie en Afrique (New Deal for Energy in Africa), une initiative historique et ambitieuse, qui vise à combler l’énorme déficit énergétique de l’Afrique d’ici à 2025.

Dans le cadre de son Business plan pour le climat en Afrique, la Banque mondiale devrait fournir 8 milliards de dollars de nouveaux financements pour les énergies renouvelables d’ici 2024 afin d’assurer le raccordement au réseau des citadins africains et l’installation de systèmes solaires hors réseau dans les communautés isolées.

L’adoption des ODD, plus particulièrement l’objectif 7 qui porte sur la promotion de l’accès à une énergie peu coûteuse, fiable, durable et moderne d’ici 2030, devrait permettre de rationaliser et harmoniser les efforts à déployer dans le secteur. Nous sommes encore loin du compte, mais une nouvelle dynamique est créée…

Abdoul Salam Bello est Visiting Fellow auprès du think thank Américain Atlantic Council, conseiller au Groupe de la Banque mondiale et ancien directeur de cabinet du secrétaire exécutif de l’Agence du NEPAD. Ces propos n’engagent que leur auteur.

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