Télécoms

Méditel « marocanisé » à 100 %… et après ?

Partir à l'assaut de l'Afrique subsaharienne ? Revendre l'opérateur ? Plusieurs pistes s'offrent à FinanceCom et à la CDG, seuls maîtres à bord.

Jusqu’au bout, le groupe FinanceCom, dirigé par Othman Benjelloun et la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), le bras armé financier de l’État marocain, ont fait valoir leur droit de préemption pour racheter les 64,4 % du capital de Méditel détenus par l’espagnol Telefónica et Portugal Telecom. Une prise de contrôle que convoitaient, entre autres, l’égyptien Orascom et le saoudien Etisalat. La transaction, conclue le 31 août, au profit des deux actionnaires marocains, qui figuraient au tour de table originel avec 18 % du capital chacun, a été saluée par les observateurs comme étant la preuve de la capacité des entreprises du royaume à investir seules dans un secteur aussi capitalistique et stratégique que les télécoms. Le coup de maître que vient de réaliser Othman Benjelloun, avec l’appui de son partenaire, a un coût : 9 milliards de DH (810 millions d’euros). Ce qui en fait la troisième plus importante transaction pratiquée au Maroc, tous secteurs confondus, après celle qui a été réalisée en deux temps pour la cession de 51 % du capital de Maroc Télécom à Vivendi.

Mais au-delà de l’impressionnant montant du chèque, les observateurs s’interrogent sur la finalité de l’opération. Othman Benjelloun a-t-il déjà une stratégie de développement pour Méditel ? S’agit-il d’une prise de contrôle à but strictement spéculatif ? Rien n’est moins sûr. Car le deuxième opérateur marocain de la téléphonie (23 millions d’abonnés) souffre aujourd’hui, comme ses concurrents, d’un marché qui s’essoufle et ne devrait progresser que de 1 % cette année. « Le potentiel de développement important », mis en avant par les repreneurs pour justifier leur montée en puissance dans Méditel, cache mal la réalité des chiffres. Au terme du premier semestre 2009, le chiffre d’affaires de l’opérateur a progressé d’un petit 1 % par rapport à la même période de l’année écoulée. Il a atteint 1,24 milliard de DH, dont 459 millions réalisés à l’international. Cependant, son service de roaming est en recul de 6,4 %. Bref, un très timide retour à la croissance, qui tranche avec la baisse de consommation des clients observée depuis le dernier trimestre de l’année dernière. La marge de profitabilité de Méditel a atteint l’année dernière 8,8 % contre 32,2 % pour Maroc Télécom, et le revenu moyen par consommateur (Arpu), déjà faible, a baissé de 14 % sur deux ans. Une tendance qui s’est poursuivie au premier trimestre 2009, avec un Arpu tombé de 60 à 50 DH par utilisateur. Le tassement de la croissance du segment du mobile, longtemps l’atout majeur de Méditel, conjugué à l’agressivité commerciale de Wana sur le segment Internet, avec 31,5 % de parts de marché derrière Maroc Télécom, rend encore plus difficile la nouvelle aventure du duo FinanceCom et CDG. À cela s’ajoute l’arrivée de Wana sur le marché du mobile 2G l’année prochaine. 

S’adosser à un opérateur

La volonté affichée du directeur général actuel, Mohamed Elmandjra, « d’initier de nouvelles opérations stratégiques », notamment « d’explorer le marché de l’Afrique subsaharienne », sera-t-elle suffisante dans un secteur de plus en plus exigeant en expertise ? L’adossement du groupe à un opérateur de référence, comme l’ont déjà fait ses deux concurrents, paraît le scénario le plus indiqué. Écartés pour le moment, Etisalat et Zain pourraient revenir en jeu. Pour l’heure, les deux actionnaires clés de Méditel se disent ouverts à toute proposition de participation, « à la condition qu’elle apporte une valeur ajoutée ». Sinon, revendront-ils l’opérateur ? Il est trop tôt pour le dire. Mais le duo FinanceCom et CDG sait déjà que sa montée en puissance dans le capital de Méditel valorise l’entreprise à près de 14 milliards de DH, alors que les niveaux de valorisation des opérateurs ne sont plus ce qu’ils étaient depuis le début de 2008. Toutefois, les interférences de Méditel avec les autres activités des nouveaux maîtres à bord, notamment la CDG, posent problème. La CDG est en effet partenaire stratégique de Wana dans l’exploitation des boucles locales dans les parcs d’offshoring développés par sa filiale MedZ, dont ceux de Casablanca et de Rabat, déjà opérationnels. Une source de conflit futur ?

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