Justice

Corruption : les révélations accablantes d’un ex-employé de la fédération kényane d’athlétisme

Deux athlètes juniors participent au "Discovery cross country championship" à Eldoret, dans l'ouest du Kenya, le 31 janvier 2016. © Ben Curtis / AP / SIPA

Une enquête du quotidien américain The New York Times fournit de nouveaux éléments à charge contre plusieurs hauts-dirigeants de la fédération kényane d'athlétisme, soupçonnés de corruption.

L’accusation est grave. De hauts dirigeants de la Fédération kényane d’athlétisme (AK), selon le témoignage d’un ancien employé cité dans une enquête du New York Times publiée le 5 mars, auraient reçu « un pot-de-vin » de 500 000 dollars de la compagnie américaine Nike.

Au mois de novembre 2015, le journal britannique Sunday Times révélait que le vice-président de l’AK, David Okeyo, faisait partie des trois Kényans accusés d’avoir détourné 700 000 dollars d’un contrat de partenariat entre la Fédération kényane et Nike. Les documents fournis par l’ancien employé de l’AK, que le New York Times s’est procurés – échanges de mails, lettres, relevés bancaires et factures – , apportent de nouvelles précisions.

Chantage au sponsoring

Selon le quotidien américain, l’affaire remonte à 2009. Lorsque les dirigeants kényans se plaignent auprès de Nike, l’accusant de traiter le Kenya de « dépotoir », en ne fournissant que des habits de très mauvaise qualité, selon les échanges de mails.

Un membre du bureau exécutif de l’AK, cité par le New York Times sous le couvert de l’anonymat, avance qu’il s’agissait peut-être une « ruse » de la part des dirigeants kényans « pour clore le contrat qui les liait à la compagnie américaine afin de toucher un pot-de-vin de la part d’une autre compagnie ». Car peu après, l’AK concluait un nouveau contrat de sponsoring avec Lin-Ning Company, une compagnie chinoise spécialisée dans les fournitures sportives.

Papa Massata Diack intermédiaire ?

Un agent marketing, servant d’intermédiaire avec Li-Ning Company aurait alors versé quelques 200 000 dollars sur le compte de la fédération kényane, « somme rapidement retirée par l’un de ses hauts dirigeants », rapporte le New York Times. 

Selon le quotidien américain, cet intermédiaire ne serait autre que Papa Massata Diack, l’un des fils du Sénégalais Lamine Diack, ancien président de la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF), qui est sous le coup d’une enquête de la justice française pour « corruption », « corruption passive » et « blanchiment aggravé » dans le vaste scandale touchant l’IAAF.

Nike aurait versé 500 000 dollars de « bonus » pour l’ « engagement » de l’AK

Toujours d’après le New York Times, faute de bases légales suffisantes pour rompre le contrat avec Nike, la fédération kényane d’athlétisme aurait décidé de signer un nouveau contrat avec la compagnie américaine, dans lequel celle-ci s’engageait à verser 1,5 million de dollars par an de sponsoring (au lieu de 1,3 précédemment) ainsi que 100 000 dollars d’honoraires annuels pour la « logistique ». Surtout, la société Nike acceptait de verser un « bonus » de 500 000 dollars pour l’ « engagement » de l’AK [‘commitment bonus’] vis à vis d’elle.

Selon l’ancien employé de l’AK, cette somme aurait été constitué un pot-de-vin versé aux hauts-dirigeants de la fédération kényane pour leur permettre de rembourser les 200 000 dollars déjà versés par la compagnie chinoise, tout en dégageant un bénéfice grâce à la compagnie américaine.

Les 500 000 dollars auraient été versés directement sur le compte de la fédération, Nike refusant de le verser sur le compte personnel de l’ex-président de l’AK, Isaiak Kiplagat. Ce dernier aurait exigé le paiement immédiat dudit « bonus », dans un de ses échanges de mails (retranscrit par le New York Times) avec l’un des cadres de Nike, Robert Lotwis.

D’après les relevés bancaires, les 500 000 dollars ont été retirés du compte de la fédération kényane d’athlétisme, tout comme les 200 000 dollars versés par la compagnie chinoise sur un compte basé à Hong-Kong, rapporte le quotidien américain, sans donner plus de précision sur les transferts d’argent.

Nike pas poursuivie à ce stade

Interrogés par  le New York Times, des sources diplomatiques américaines basées à Nairobi, la capitale kényane, ont déclaré pour l’heure qu’elles n’avaient pas eu connaissance des éléments évoqués par la presse au sujet du contrat signé par Nike avec la fédération kényane. De son côté, la compagnie américaine a donné quelques renseignements sur les 100 000 dollars d’honoraires versés par an, qui devaient couvrir des frais de logistique, mais sans donner plus de détail sur le « bonus » de 500 000 dollars.

Soupçonné de corruption, Isaiak Kiplagat a déjà été suspendu de ses fonctions par la fédération internationale d’athlétisme au mois de décembre dernier, remplacé par l’ancien chef des armées Jackson Tuwei pour assurer l’intérim. Le 22 février dernier, c’était au tour du directeur général de la fédération nationale, Isaac Mawangi, d’être suspendu de ses fonctions pour six mois par l’IAAF, suite aux accusations de deux athlètes kényanes, qui laissaient entendre que leur fédération leur avait demandé un pot-de-vin en 2015 en échange de l’allègement de leur suspension pour dopage. 

 

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