Justice

RD Congo : polémique sur le retour annoncé de Ladislas Ntaganzwa au Rwanda

| Par - à Kinshasa
Mis à jour le 04 mars 2016 à 19h11
Mémorial du Génocide à Kigali, au Rwanda, le 5 avril 2014

Mémorial du Génocide à Kigali, au Rwanda, le 5 avril 2014 © Ben Curtis/AP/SIPA

Alors que la RD Congo a promis d’extrader le présumé génocidaire vers le Rwanda, la possibilité d’un échange avec un Congolais sous mandat d’arrêt et réfugié au Rwanda a été abandonnée. Un choix qui fait polémique.

À quand le retour au Rwanda du génocidaire présumé Ladislas Ntaganzwa, arrêté début décembre dans l’est de la République démocratique du Congo ? « Le dossier n’est pas encore clôturé, une commission est en train de siéger à Kinshasa », rapporte Lambert Mende, porte-parole du gouvernement congolais.

Mais le principe de l’extradition semble bel et bien acté. Ce dont se réjouit le ministre rwandais de la Justice, Johnston Busingye : « C’est un pas positif dans la coopération judiciaire ».

Ladislas Ntaganzwa était l’un des neuf génocidaires présumés recherchés par le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux de l’ONU, qui remplace le Tribunal pénal international pour le Rwanda et avait demandé une extradition rapide.

L’idée d’échange abandonnée

Au final, Ladislas été longuement interrogé à Kinshasa sur ses liens supposés avec la rébellion hutue rwandaise des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), dont des membres sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994 avant de fuir dans l’Est congolais. Surtout, le ministre de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, espérait obtenir en échange de Ladislas Ntaganzwa l’un des Congolais sous mandat d’arrêt et réfugiés au Rwanda.

Officieusement, la RDC ciblait Laurent Nkunda, qui a dirigé l’ex-rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). Mais l’idée d’échange a été abandonnée. L’extradition est une « demande pressante de la communauté internationale », d’après un haut-responsable congolais. Il précise que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, qui était à Kinshasa fin février pour une conférence sur les investissements dans la région des Grands Lacs, instable depuis 20 ans, a « joué un rôle » dans cette décision.

Sur Twitter vendredi, James Swan, l’ambassadeur des États-Unis, pays allié de Kigali, s’est dit « satisfait » de l’annonce de l’extradition. « Mettons fin à l’impunité dans les Grands Lacs », plaide-t-il sur ce réseau social. Mais la nouvelle n’enchante guère certains Congolais.

Un revirement qui ne plaît pas à tout le monde

Le Centre d’étude pour la promotion de la paix, la démocratie et les droits de l’homme (Cepadho), basé à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, lieu de l’arrestation du fugitif, regrette ce revirement. « Il est inadmissible que la RDC serve de chien de chasse ou d’État policier pour les autres États, surtout lorsque ces derniers s’abstiennent à coopérer d’égal à égal avec elle », dénonce-t-il dans un communiqué.

Sur Twitter, Lutte pour le changement (Lucha), un mouvement de jeunes ancré à Goma qui milite notamment pour la fin de l’insécurité dans l’Est, appelle pour sa part Kinshasa à « ne pas extrader Ladislas Ntaganzwa au Rwanda tant que Nkunda et consorts [ne] seront pas extradés en RDC ».

Peine perdue, selon Johnston Busingye. L’ex-maire de Nyakizu (sud du Rwanda) « fait l’objet d’un mandat d’arrêt et d’une inculpation internationaux ». « Il devrait être extradé en accord avec la loi internationale. Les autres cas, si et quand ils existent, devraient chacun faire l’objet de régimes légaux spécifiques, plutôt que de programmes d’échanges. »

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