Politique

États-Unis : qui est Ben Carson, le candidat afro-américain prêt à jeter l’éponge ?

Mis à jour le 4 mars 2016 à 15:38

Il était l’outsider, celui qui séduisait la base évangélique de l’électorat républicain. Pourtant, l’aventure de Ben Carson dans les primaires républicaines est sur le point de se terminer. Le neurochirurgien à la retraite a annoncé mercredi 2 mars qu’il ne voyait pas d’avenir à sa candidature pour la Maison Blanche.

« Je ne vois pas de chemin politique pour continuer, après les résultats des primaires d’hier soir », a déclaré Ben Carson, au lendemain d’un « Super Tuesday » du 1er mars catastrophique à tous les égards. Déjà à la peine dans la course des primaires, après une quatrième place aux consultations de l’Iowa le 1er février, il n’y a engrangé que sept délégués sur près de 600 en jeu, très loin derrière ses rivaux.

Si, officiellement, sa candidature n’a pas été retirée, l’ancien neurochirurgien a donc jeté l’éponge. Une décision logique tant le seul Afro-Américain de la course, qui avait été deuxième des sondages républicains de septembre à début décembre, derrière Donald Trump, a subi une série de revers.

Alors que le thème de la santé, qui lui est cher, lui avait permis de toucher l’opinion publique, la campagne républicaine a ainsi fini par se porter sur la sécurité nationale et le terrorisme, après les tueries de Paris et de San Bernardino, le 13 novembre et le 2 décembre. Et, sur ce terrain, c’est le Texan Ted Cruz, qui parvient à faire griller du bacon sur un fusil, qui a logiquement pris la place de challenger de Donald Trump.

L’homme qui n’aime pas (du tout) le politiquement correct…

Son échec vient peut-être de là : son inexpérience, que ses adversaires n’ont pas manqué de pointer du doigt. Ben Carson n’avait jamais exercé de fonction politique, (tout comme Donald Trump, certes). Il a même déclaré, le 4 mai 2015, alors qu’il lançait sa campagne à Détroit : « Je ne veux pas être un politicien parce que les politiciens font ce qui est politiquement correct. Moi, je veux faire ce qui est juste ».

L’inexpérimenté Ben Carson cultivait donc le « politiquement incorrect », comme beaucoup au sein du Tea Party, avec un certain succès. Il comparait notamment la réforme de la santé d’Obama à de l’esclavage ou les États-Unis de 2014 avec l’Allemagne sous la Gestapo… En septembre, il avait encore affirmé qu’aucun musulman ne devait devenir président des États-Unis, l’islam n’étant selon lui pas en adéquation avec la Constitution.

L’administration d’Obama agit comme la Gestapo.

Carson a également assimilé les femmes ayant choisi d’interrompre leur grossesse aux anciens propriétaires d’esclaves : « Beaucoup de propriétaires d’esclaves pensaient avoir le droit de faire ce qu’ils voulaient à leurs esclaves », a-t-il lancé, tout en précisant qu’il était favorable à une interdiction presque totale de l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste.

Enfin, en 2013, il avait associé l’homosexualité à la zoophilie et la pédophilie : « Mon idée est que le mariage est entre un homme et une femme. C’est un pilier fondamental de la société, et aucun groupe, que ce soit les homosexuels, les membres de l’Association nord-américaine pour l’amour entre les hommes et les jeunes garçons, ou les adeptes de la zoophilie, ne va changer cette définition. »

… qui pense que les pyramides d’Égypte étaient des greniers à grain…

Homme de science, Ben Carson ne croit pas en l’évolution mais défend les thèses créationnistes. Dans une vidéo datant de 1998, le neurochirurgien à la retraite estime que les archéologues ont tort : les pyramides d’Égypte ont été bâties par Joseph, le personnage biblique, pour stocker des céréales.

Le médecin s’exprimait lors d’une cérémonie de remise de diplômes à l’université Andrews, un établissement lié à l’Eglise adventiste du septième jour. « Ma théorie personnelle est que Joseph a bâti les pyramides pour stocker des céréales », a-t-il affirmé.

« Ma théorie personnelle est que Joseph a bâti les pyramides pour stocker des céréales »

Il ajoutait que la taille des pharaons ne justifierait pas de sépulture d’une pareille proportion : « Désormais, les archéologues pensent qu’elles furent construites pour servir de tombeau aux pharaons. Mais, si on n’y pense bien, cela voudrait dire alors que ces pharaons seraient vraiment énormes. »

Toutefois, dans cette même allocution, Ben Carson a écarté l’idée que des extraterrestres auraient conçu les pyramides : « On n’a pas besoin d’extraterrestres quand on a Dieu. »

… mais qui était tout de même l’un des meilleurs neurochirurgiens de la planète

Ben Carson avait pourtant de sérieux atouts à faire valoir, et notamment celui du jeune Africain-Américain parti de rien pour atteindre les sommets. Né le 18 septembre 1951 à Détroit, il a en effet grandi dans les rues de « Motor City ». Sa mère est seule, pauvre, illettrée mais le prive de télévision et plonge constamment le jeune Ben dans les livres.

Il se décrit lui-même comme un adolescent « violent » jusqu’à sa découverte de la Bible. Il se révèle ensuite un élève brillant, qui obtient une bourse à la prestigieuse université de Yale ou il étudie la psychologie avant d’opter pour la médecine à l’université du Michigan. Ben Carson devient même très vite une rock star dans le monde de la neurochirurgie, notamment en participant à la première opération pour séparer des frères siamois attachés par le crâne, en 1987.

Son histoire a même déjà été adaptée à Hollywood.

À 33 ans, il devient le directeur de neurochirurgie pédiatrique dans le prestigieux hôpital John Hopkins. Son histoire a même déjà été adaptée à Hollywood dans un téléfilm avec Cuba Gooding Jr.

Lorsqu’il prend sa retraite en 2012, il est récipiendaire de la médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction accordée à un civil aux États-Unis. Face au milliardaire Donald Trump et à Ted Cruz, cela n’aura pas suffi.