Droits de l’homme

RDC : vers une peine plus lourde pour les six militants de Lucha ?

Militants de la Lucha, près de Goma, dans l'est de la RD Congo. © Compte Facebook de la Lucha

Le parquet, qui réclame dix ans de réclusion, a fait appel de la condamnation à deux ans de prison ferme de six militants de Lucha. Le procès doit reprendre ce jeudi, mais les associations de défense des droits de l'homme et la communauté internationale condamnent déjà ce qui est pour elles une instrumentalisation de la justice par le pouvoir.

C’est le seul point d’accord entre l’accusation et la défense : le tribunal de grande instance de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, a « mal jugé » les six militants de Lutte pour le changement (Lucha) condamnés le 24 février à deux de prison pour « incitation à la révolte ».

Vendredi, la défense a interjeté appel et, lundi, le parquet a suivi la même démarche. « C’est un scandale !, lance Georges Kapiamba, l’un des avocats des militants. Le parquet avait requis dix ans et juge les deux ans insignifiants. Il veut aussi que la cour ordonne la dissolution du mouvement Lucha, qu’il considère comme une association de malfaiteurs. »

Les activistes avaient été arrêtés le 16 février à l’aube, alors qu’ils dormaient. L’opposition et des associations de la société civile, dont Lucha, avaient appelé à une journée ville-morte dans le pays pour marquer leur attachement à la Constitution qui interdit à Joseph Kabila de briguer un troisième mandat lors de la présidentielle prévue en novembre. Leur procès en appel doit s’ouvrir jeudi 3 mars.

« Harcèlement » de la société civile

Le procès des militants du « mouvement citoyen », particulièrement dans le collimateur de Kinshasa depuis un an, s’était ouvert le 18 février. Ceux-ci ont condamnés essentiellement sur la base de slogans pour banderoles, écrits sur papier et appelant au respect de la loi fondamentale, alors que l’actuel chef de l’État, au pouvoir depuis 2001, est soupçonné de vouloir s’accrocher à son poste.

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a dénoncé un procès inéquitable, un « harcèlement » de la société civile et un « rétrécissement de l’espace démocratique ». Et après les condamnations de Paris et Bruxelles, l’envoyé spécial des États-Unis pour la région des Grands Lacs, Tom Perriello, a qualifié vendredi à Kinshasa, la condamnation « d’excessive », estimé qu’il s’agit plus d’un acte de « faiblesse » que de « puissance », et prévenu que « criminaliser » l’opposition pouvait la radicaliser.

Combat perdu d’avance ?

Lundi, le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, a dénoncé cette « volée de bois vert », accusé les pays étrangers et de l’ONU de « mépris profond » envers les lois congolaises, et leur a reproché de plaider contre l’impunité tout empêchant la justice d’« assumer ses responsabilités ». Il a par ailleurs invité les six militants, qu’il a assimilés à des terroristes, à faire interjeter appel pour prouver leur innocence.

Mais pour Me Kapiamba, le combat semble perdu d’avance. « En réalité, le gouvernement fait ça pour intimider davantage les leaders de l’opposition et de la société civile, pour qu’il n’y ait plus une seule action de contestation par rapport au processus électoral. La peine de dix ans est beaucoup plus intimidante. »

Un militant de Lucha surnommé « Jean Bwenge » se montre aussi peu optimiste. « Lucha est clairement visée, plus que n’importe quel parti d’opposition. Je crois que la chance que les camarades soient acquittés en appel ou leur peine réduite est très réduite. Ce ne sont pas les contestations internationales qui vont y changer quelque chose. »

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