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Côte d’Ivoire : la BPCE en passe d’acheter la BACI

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 Le groupe français BPCE s’apprête à conclure sa troisième acquisition au sud du Sahara. Après Madagascar et le Mali, il finalise une prise de participation conséquente dans Banque Atlantique Côte d’Ivoire.

Feu d’artifice africain pour le groupe Banques populaires Caisses d’épargne (BPCE), peu après le 14 Juillet. Depuis le début du mois, le groupe dirigé par François Pérol a conclu deux opérations majeures sur le continent. Et est en passe d’en boucler une troisième, plus importante encore, en Côte d’Ivoire. Une offensive mise en œuvre par BPCE International et Outre-Mer, le holding de pilotage des participations du groupe hors de France.

Le 4 juillet, il s’emparait des 75 % détenus par BNP Paribas dans la Banque malgache de l’océan indien (BMOI). Et sept jours plus tard, il reprenait les 19,4 % que détenait la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) dans le capital de la Banque nationale du développement agricole (BNDA), au Mali. Un établissement qui a réalisé un produit net bancaire de 27,1 millions d’euros l’an passé et dégagé 5,4 millions d’euros de résultat net. Le montant de ces deux transactions n’a pas été révélé à ce jour.

Le deuxième groupe bancaire français – par la taille de son réseau – poursuit sur sa lancée. Il finalise actuellement une offre pour la prise de contrôle, à hauteur de 51 %, de Banque Atlantique Côte d’Ivoire (Baci), l’un des fleurons du secteur bancaire local. Et BPCE ne lésine pas sur les moyens. Le 4 juillet, une délégation composée d’une quinzaine de membres et conduite par Josiane Lancelle, directrice des opérations stratégiques, a débarqué à Abidjan. Un deuxième round de discussion se déroule à Paris cette semaine pour arrêter le montant du capital cédé. Moins nombreuse, l’équipe de négociateurs ivoiriens est composée de Koné Dossongui, PDG du groupe Atlantique, Georges Wilson, son secrétaire général, et Léon Konan Koffi, bras droit du patron.

Des rapports étroits

BPCE a par ailleurs fait appel au cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers pour conduire l’audit d’acquisition, qui sera disponible à la fin du mois. Ensuite, les conseils d’administration des deux groupes valideront la transaction. L’opération pourrait être totalement finalisée avant la fin de la première quinzaine d’août. « Nous sommes en phase avec nos partenaires du groupe BPCE, tout se passe bien et l’opération se conclura incessamment », confie une source du top management de Baci. Pour le moment, aucune information ne filtre sur les modalités de cession. Mais quelques indiscrétions avancent un montant de 100 millions d’euros. 

Et ailleurs sur le continent…

BPCE ne découvre pas l’Afrique. Depuis plus d’une décennie, il a réalisé des acquisitions au fil des opportunités, mais sans vraiment donner l’impression de suivre une stratégie bien arrêtée. Le groupe est très implanté au Maroc (23,7 % du capital du Crédit immobilier et hôtelier), en Tunisie (60 % de la Banque tuniso-koweïtienne) et en Algérie (Natixis Algérie). Sa première incursion au sud du Sahara remonte à 2000, au Cameroun, avec la prise de contrôle de 61,2 % de la Banque internationale du Cameroun pour l’épargne et le crédit (Bicec). Six ans plus tard, BPCE s’implante au Congo-Brazzaville, en créant une filiale à 100 %, dénommée Banque commerciale internationale (BCI).

Cette offre n’est pas fortuite. Depuis plusieurs années, Baci, qui possède un réseau de 71 agences, et le groupe français entretiennent des rapports commerciaux très étroits. BPCE a donc préféré s’intéresser à une banque à fort potentiel qu’elle connaît de l’intérieur. L’actuel directeur général de Baci, Souleymane Diarrassouba, a réussi à stabiliser l’établissement. Son total de bilan est même passé de 470 millions à 533 millions d’euros entre 2009 et 2010. Cependant, la crise ivoirienne l’a affecté. Ses créances en souffrance auprès d’Air Ivoire et de l’État, estimées à plus de 61 millions d’euros, pèsent sur son équilibre financier, mais sans mettre en péril son avenir.

Lorsque les deux parties auront conclu un accord, il appartiendra encore à la commission bancaire de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) de donner son feu vert. Mais en attendant de s’installer véritablement à Abidjan, BPCE lorgne déjà le Togo et l’Afrique centrale. Car cette incursion au sud du Sahara n’est pas le fruit du hasard. « Avec cette opération [le rachat de la BNDA, NDLR], le groupe BPCE concrétise le développement international de ses activités de banque de proximité en Afrique subsaharienne, un axe stratégique prioritaire qui constitue un engagement fort et publiquement affirmé », rappelait le communiqué du 4 juillet annonçant le rachat de l’établissement malien. 

Une priorité affichée

Il faut dire que, dès le 25 février, lorsque François Pérol a présenté le « projet stratégique » du groupe jusqu’en 2013, ses priorités à l’international sont apparues clairement : l’Asie du Sud-Est et l’Afrique. « Une allocation de fonds propres supplémentaires de 1 milliard d’euros est disponible pour procéder à des acquisitions. Cela ne représente que 2,5 % des fonds propres du groupe et nous agirons de manière raisonnable, ajustée à notre capacité de projection », indiquait-il alors. Le président du directoire n’a guère le choix. Dans un monde bancaire ultramondialisé et à la différence de ses concurrents majeurs (BNP Paribas, Société générale et Crédit agricole), BPCE est très peu développé à l’international. Il a décidé de mettre les bouchées doubles, et notamment sur le continent.

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