Banque

Nigeria : le grand ménage bancaire

À Lagos, après la crise, la refonte bancaire est en marche.

À Lagos, après la crise, la refonte bancaire est en marche. © Akintunde Akinleye/Reuters

Profits et fonds propres en chute libre : après une année 2009 difficile, les banques du pays acceptent plutôt bien la réorganisation du secteur lancée par le gouverneur de la Banque centrale.

Les banques nigérianes ont à nouveau la cote auprès des investisseurs. Plusieurs fonds actifs sur le continent ont ainsi annoncé leur décision d’augmenter leur allocation sur le secteur bancaire de Lagos. La nouvelle a de quoi surprendre, après la douche froide de 2009. « La moitié des dirigeants des banques nigérianes ne savaient pas ce qu’ils faisaient », explique Jon Chew, directeur général chez le gérant Imara Asset Management, longtemps méfiant envers le secteur financier local avant de multiplier par 2,5 son exposition sur les banques du pays à la fin de 2009.
Et de poursuivre :« Il faut dire que le Nigeria a eu de la chance car les banques n’ont pas eu le temps d’acheter des produits dérivés complexes. Je pense que Lamido Sanusi [actuel gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, NDLR] fait un travail formidable en réparant les dommages causés par son prédécesseur. » En effet, plusieurs annonces des autorités monétaires ont semble-t-il rassuré les investisseurs, refroidis par des pratiques très risquées (les banques prêtaient massivement à leurs clients pour investir en Bourse) mises au jour par l’audit général du secteur mené par la Banque centrale en milieu d’année.
La moitié des dirigeants des banques nigérianes ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Jon Chew, Imara Asset Management

Projet de réforme

Premier signal, la création de l’Asset Management Company (AMC). Cette structure – dont le lancement effectif est attendu depuis plusieurs mois – aura pour mission de récupérer les actifs toxiques des banques nigérianes. Une opération qui pourrait prendre jusqu’à une dizaine d’années mais qui permettra d’assainir en partie les bilans bancaires assez rapidement.

En parallèle, la crise a également soulevé un autre problème crucial : la notion de banque universelle. Lamido Sanusi a fait part de sa volonté de mieux organiser le secteur en séparant les activités commerciales des activités spéculatives, comme le courtage boursier, la gestion d’actifs ou le capital-investissement. Il veut mettre fin au modèle actuel de banque généraliste en transformant les groupes en holdings détenant des participations dans différentes filiales bancaires agréées chacune pour une seule activité. Les risques propres à chaque activité seront mieux contrôlés.

Ce projet de réforme semble d’ores et déjà bien accueilli par la profession. Le principal groupe bancaire, First Bank, a ainsi annoncé son intention de créer un holding, qui sera coté en Bourse à la place de la banque. Jon Chew approuve, tout en relativisant la réalité du risque, plutôt limité selon lui : « Je pense que le modèle nigérian est tout de même meilleur que celui en vigueur en Occident, car les dépôts sont utilisés pour faire des prêts : il n’y pas de financement de gros nécessitant un renouvellement permanent, pas de division d’investissement embarquée, pas d’opération de titrisation que personne ne comprend…»

Parmi les autres décisions annoncées par la Banque centrale, la limitation des mandats des principaux dirigeants bancaires à dix ans. La décision permettra en partie d’éviter les situations de collusion qui ont vu certaines banques prêter massivement à quelques rares clients. Trois grands patrons, dont Tony Elumelu (United Bank for Africa), ont aussitôt annoncé leur décision de tirer leur révérence à la fin de juillet. Peut-être un signe supplémentaire du renouveau bancaire au Nigeria.

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