BTP & Infrastructures

Mohamed Sajid : « En 2013, le problème des bidonvilles sera réglé »

Habitat, transports, grands travaux : Mohamed Sajid, président du Conseil de la commune urbaine de Casablanca, fait le point sur les défis que la métropole devra relever dans les années à venir.

Cet homme d’affaires marocain, présent dans l’industrie textile et l’immobilier, est entré en politique au début des années 1990 (il est député de Taroudant depuis 1993 sous les couleurs de l’Union constitutionnelle). Élu à la présidence du Conseil de la commune urbaine de Casablanca en 2003, il a été reconduit dans ses fonctions en 2009.

Jeune Afrique : Où en est la politique d’élimination des quartiers informels ?

Mohamed Sajid : Pôle économique du Maroc, Casablanca attire, depuis le début du XXe siècle, les travailleurs de l’ensemble du pays qui, au fil du temps, ont emménagé dans des habitats précaires. Le quartier de Sidi Moumen, c’est 20 % des bidonvilles de Casablanca. Il y a aussi celui des Carrières centrales, l’un des premiers où les ouvriers se sont installés pour construire le port. En 2004, 100 000 familles vivaient dans des bidonvilles, avec une moyenne de cinq personnes par ménage. Pendant très longtemps, les politiques de relogement ont montré leurs limites. Les lots ou logements proposés n’étaient notamment pas adaptés à la typologie et aux besoins de la famille marocaine, ou bien ils n’étaient pas rentables économiquement.

Conscientes de ces échecs, les autorités ont amélioré leurs offres. On a identifié le lot idéal : 80 m2 sur lesquels des petits entrepreneurs privés construisent des bâtiments de quatre étages. Deux familles sont relogées à des conditions préférentielles dans deux appartements sur ce lot. L’entrepreneur revend les deux autres. Tout le monde y trouve son compte et cela permet de créer de la mixité sociale. Les autorités construisent autour de ces nouvelles habitations les équipements (école, infrastructures, notamment de santé) et les services nécessaires.

Combien de familles ont été relogées ?

Sur les 100 000 familles de 2004, 35 000 ont été relogées, 20 000 sont en cours de relocalisation. Nous avons signé récemment une convention avec l’État pour reloger les 45 000 familles restantes sur 600 ha à l’intérieur et en périphérie de Casablanca. D’ici à 2013, nous aurons réglé le problème des bidonvilles à Casablanca.

Dans la région, 100 000 nouveaux logements en dix ans

LLa problématique de l’habitat est une préoccupation majeure de l’État dans la mise en œuvre des programmes régionaux et locaux. Le programme national de relance du logement social prévoit, durant la période 2010-2020, la mise en place de 300 000 nouveaux logements, dont 100 000 dans la région du Grand Casablanca. La stratégie urbaine adoptée dans la région vise à en produire près de 35 000 par an. Pour rattraper les retards enregistrés, la construction de 90 000 habitations a été autorisée en 2010, contre 60 000 en 2009. Une grande partie concerne les projets de logements sociaux vendus au prix de cession de 250 000 dirhams (un peu plus de 22 000 euros).

Et les nouveaux arrivants ?

Chaque année, 30 000 nouveaux logements sont nécessaires du fait de l’accroissement de la population. Il y a d’importants programmes de logements privés, de nouvelles zones ouvertes à l’urbanisation. On a ainsi récupéré l’ancien aéroport, 400 ha de foncier au cœur de la ville. Dans cette zone, il y aura 10 000 nouveaux logements et des équipements universitaires et sociaux, ainsi que des zones d’activité à même d’accueillir 100 000 salariés. Les premières réalisations débuteront dès la fin de l’année. En périphérie de la métropole, la construction des villes nouvelles répond aussi à ces besoins. Dans certains vieux quartiers du centre-ville, on discute enfin avec les départements de l’habitat et du logement pour remplacer les habitats précaires, car ils ne présentent pas les conditions d’hygiène et de sécurité requises.

Est-ce que la politique de transport suit cette dynamique ?

Dans ce domaine, on a également cumulé de nombreux retards. Et pourtant, c’est le lien névralgique pour relier les différents quartiers. La priorité est de privilégier le transport public pour éviter le recours à la voiture, alors que le parc automobile a explosé ces dernières années. En 2004, on a établi un plan de déplacement urbain qui tient compte du retard accumulé et de l’extension urbaine dans les vingt prochaines années. On a identifié un tracé de 150 km de tramway à construire et un RER qui permettra de relier l’extrémité nord (Mohammedia) au Sud (Nouaceur) en traversant le centre. On a démarré une première ligne de tramway de 30 km qui va partir de Sidi Moumen, traverser le cœur historique de Casablanca, quartier à très haute densité, et irriguer le quartier des hôpitaux pour aboutir au niveau de la zone des facultés. La mise en service est prévue pour fin 2012. Le projet de tramway a été établi sur une prévision de 200 000 voyageurs par jour. Sur le parcours, on va desservir les trois principales gares de Casa pour améliorer la synergie entre les différents modes de transport.

La ville aura-t-elle un jour son métro ?

Le tramway a une vitesse de transport de 20 km/h. Son installation a été prévue dans les zones où la densité n’est pas la plus forte. Sur l’axe traversant le boulevard Mohammed-VI, on devra envisager d’autres moyens de transport. La construction d’un métro est une hypothèse. Actuellement, on réalise aussi une étude pour améliorer la fluidité des bus et voir comment leur accorder des couloirs spécifiques. Un tracé de 20 km est déjà identifié. Si la pratique du vélo n’est pas encore ancrée dans l’esprit des Marocains comme dans les pays du nord de l’Europe, on commence néanmoins à aménager des voies cyclables sur le boulevard d’Anfa et la corniche.

Quels sont les projets phares de Casablanca ?

Casanearshore est un complexe d’activités fabuleux. Ce projet mené depuis quatre ans vise à orienter l’économie marocaine vers de nouvelles niches (technologies de l’information, informatique, offshoring), avec la création de 250 000 m2 de bureaux et de 30 000 emplois. Nous sommes aujourd’hui presque à mi-parcours, avec 12 000 emplois effectivement créés. Nous espérons atteindre les objectifs fixés d’ici à trois ans. La Marina est également un projet en cours de réalisation. Il y a des zones récréatives avec un port de plaisance, un aquarium de dernière génération prévu, et un Palais des congrès d’une capacité de 3 000 places. Trois grands hôtels seront réalisés sur cette zone ainsi que des centres commerciaux.

Quelles sont les grandes villes du monde qui vous inspirent ?

Quel modèle doit suivre Casablanca ? On a parlé notamment de Barcelone, de Calcutta. Il y a des choses à prendre chez nos voisins. Personnellement, j’ai été impressionné par ce qui se fait dans la partie sud de l’Europe, en Espagne et au Portugal. Mais il y a aussi de belles réussites en termes d’aménagement urbain et d’infrastructures en Asie et en Amérique du Sud. Nos autorités ont compris la nécessité d’investir dans l’espace urbain, qui est le réceptacle de la majeure partie de la population avec l’exode rural. Chaque métropole le fait selon son histoire, son timing, et selon la volonté politique.

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