Elections

Sénégal : Macky Sall est-il tenu de respecter sa promesse d’écourter son mandat ?

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Mis à jour le 17 février 2016 à 14h27

Par  Sadio Cissé

Oumar Sadio Cissé est juriste fiscaliste et spécialiste des contrats et marchés publics, porte-parole des Démocrates réformateurs du PDS/Paris.

Le président sénégalais Macky Sall

Le président sénégalais Macky Sall © Sunday Alamba/AP/SIPA

J’entends souvent mes amis politiciens dire que les citoyens voulaient que le président Macky Sall écourte son mandat de 7 à 5 ans.

En réalité, il n’y a absolument rien qui prouve que cela corresponde à une volonté populaire. Si le peuple voulait 5 ans, il allait le manifester comme il l’a déjà fait lorsque le président Abdoulaye Wade a voulu changer la Constitution pour y introduire le « dauphinat ».

Nous, hommes et femmes politiques, prenons souvent nos désirs pour ceux de la majorité de nos compatriotes, alors qu’en général il n’en est rien. Le peuple a élu un président pour 7 ans, il appartient à ce dernier de faire les 7 années ou moins, mais changer la Constitution pour se conformer à une parole donnée est contraire aux principes de l’État de droit. Que dirions-nous si demain un candidat prenait l’engagement de faire 7 ans alors que la Constitution impose 5 ans et que ce dernier décide une fois élu président de changer la Constitution pour respecter sa parole ?

Macky Sall pourrait démissionner…

Maintenant, si le président Macky Sall voulait réellement respecter sa promesse électorale de faire 5 ans au lieu des 7 années pour lesquelles il est élu, c’est simple, il peut démissionner en 2017 et organiser des élections présidentielles anticipées. Un mandat électif est une faveur que l’on fait à son titulaire, qui, de ce fait, peut y renoncer (Me Abdoulaye Wade a presque toujours renoncé à ses mandats de député) ou l’écourter (le président Senghor en 1981).

… Ou organiser un référendum

Et si le président Macky Sall était de bonne foi, il pouvait aussi soumettre la réduction de son mandat au référendum, sans tenir compte de l’avis du Conseil constitutionnel, avis qui en l’espèce n’est que consultatif. En définitive, même si moralement tout homme est tenu par le respect de sa parole librement donnée, le président Macky Sall n’est pas juridiquement et politiquement obligé de respecter sa promesse électorale surtout si cette promesse n’est pas conforme à la Constitution. Quel homme ou femme politique peut dire qu’il respecte scrupuleusement toutes ses promesses électorales ? Le langage électoral n’est hélas pas toujours conforme au langage de la réalité du pouvoir.

Le discrédit des responsables politiques

C’est aussi malheureusement pour cet écart de langage que nous, hommes et femmes politiques, sommes souvent et à juste titre discrédités aux yeux de nos compatriotes. Ayant déjà échoué à attendrir le quotidien des Sénégalais, le président Macky Sall vient en plus de nous (hommes et femmes politiques) priver d’une bonne occasion de redorer notre blason face à ce brave peuple. Le président Macky Sall pouvait être un peu plus courageux en assumant seul son « wax waxeet », ce qui aurait pu épargner au Conseil constitutionnel une « déchéance de crédibilité ».

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