Diplomatie

France : le bilan africain de Laurent Fabius au Quai d’Orsay

Le président du Conseil constitutionneLaurent Fabius, le 2 février 2016.

Le président du Conseil constitutionneLaurent Fabius, le 2 février 2016. © Andrew Medichini/AP/SIPA

Laurent Fabius a quitté le gouvernement par la grande porte. Remplacé par Jean-Marc Ayrault, l'ex-chef de la diplomatie française pourrait prendre la tête du prestigieux Conseil constitutionnel, sur proposition de François Hollande. Quel est son bilan en Afrique ?

Nommé en 2012, Laurent Fabius aura donc passé plus de trois ans au Quai d’Orsay. À l’heure du bilan, que faut-il retenir de l’action en Afrique de l’ex-chef de la diplomatie française ?

Sur le continent, il a été en partie éclipsé par Jean-Yves Le Drian

Laurent Fabius laissera-t-il une trace impérissable en Afrique ? Rien n’est moins sûr. Beaucoup plus présent au Proche-Orient, le ministre n’a pas vraiment investi le terrain africain, dont s’est a contrario largement occupé Jean-Yves Le Drian, le ministre français la Défense et proche de François Hollande.

Si cette disposition s’explique logiquement par la prédominance des aspects militaires et sécuritaires dans la gestion française des dossiers africains les plus chauds – Mali et Centrafrique en tête -, l’absence de tropisme africain de Laurent Fabius a également laissé un boulevard au ministère de la Défense.

Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Jean-Yves Le Drian rendant visiste aux soldats de l'opération Sangaris, en Centrafrique, en janvier 2014. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Ces derniers mois, les diplomates spécialistes du contient au Quai d’Orsay ne cachaient d’ailleurs pas leur désarroi. « C’est la grande déprime au service Afrique », soufflait ainsi l’un d’entre eux à Jeune Afrique.

Diplomatie économique : un « VRP » de la marque France

Laurent Fabius aura fait de la diplomatie économique son leitmotiv. Dès sa prise de fonction, il en avait fait sa priorité. Dans une tribune qu’il signait en août 2012 dans le quotidien français Les Échos, il affirmait haut et fort le principe de mise en avant de la marque France, quitte à demander aux diplomates d’endosser leurs costumes de « VRP ». « En soutenant les entreprises pour défendre nos emplois et en créer de nouveaux, nous servirons notre pays, avec elles et à travers elles. C’est une mission majeure que j’assigne désormais à notre diplomatie », expliquait-il.

Dès 2013, des réformes ont été entamées afin d’impliquer davantage les diplomates aux côtés du secteur privé, notamment grâce à la création au sein du Quai d’Orsay de la Direction des entreprises et de l’économie internationale. Puis en 2014, la tutelle du secrétariat au Commerce extérieur a été transférée de Bercy au Quai d’Orsay. Des mesures complétées l’an dernier par la création de la fondation AfricaFrance, imaginée par Lionel Zinsou, proche de Laurent Fabius et devenu depuis Premier ministre du Bénin, candidat à la succession de Boni Yayi.

Lors de ses déplacement sur le continent, Laurent Fabius a lui même rappelé l’importance accordée par le Quai d’Orsay aux dossiers économiques. Ce fût le cas en Côte d’ivoire, aux côtés de François Hollande, en Afrique du Sud, ou encore en Algérie. En mai dernier, il avait notamment inauguré à Annaba, dans le nord-est de l’Algérie, l’usine de Cital, une co-entreprise entre le géant français du rail Alstom, Entreprise du métro d’Alger et le spécialiste algérien des équipements ferroviaires Ferrovial.

Reste que le principal fait d’arme de la diplomatie économique française sur le continent aura été porté par le ministère de la Défense. Jean-Yves Le Drian avait en effet été l’artisan de la signature des contrats de rafales à l’Égypte d’Al Sissi.

Le enjeux environnementaux et le succès de la COP21

C’est sans conteste le dossier qui lui aura valu le plus de louanges. Il faut dire que pour arracher un accord sur le climat lors la COP21 organisée par Paris fin décembre, le Quai d’Orsay n’a pas ménagé ses efforts. Unanimement saluée pour son professionnalisme, la diplomatie française a quasiment fait carton plein sur le continent, après avoir réussi à convaincre la grande majorité des pays africains de s’engager pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Elle a dépêché Annick Girardin, la secrétaire d’État au Développement et à la Francophonie, prêcher la bonne parole dans 23 pays du continent avant la COP21.

Un succès auquel Laurent Fabius est d’ailleurs personnellement très attaché. Raison pour laquelle il ne quittera pas totalement le Quai d’Orsay où il conservera un bureau en tant que président de la COP21. « Je crois avoir acquis à travers la COP à Paris une certaine notoriété pour faire avancer les choses, le travail n’est pas fini », a indiqué Laurent Fabius à l’Agence France Presse, quelques heures après l’annonce de son départ. 

Son opposition à une intervention en Libye

Si le Mali et la Centrafrique ont directement été gérés par la Défense, Laurent Fabius s’est en revanche emparé du casse-tête libyen. Il s’était ainsi rendu en novembre 2012 à Tripoli, où il avait été la première personnalité étrangère à s’exprimer devant les premiers membres élus du congrès général national depuis la chute de Mouammar Kadhafi, en octobre 2011.

Un dossier qu’il n’aura pas lâché pendant toute sa présence au quai d’Orsay. Ces dernières semaines, Laurent Fabius était en effet bien présent lors des tables rondes de la coalition internationale à Rome. Face aux rumeurs concernant une nouvelle intervention de la France en Libye, le chef de la diplomatie française avait dû fermement démentir. « Absolument pas question que nous intervenions militairement en Libye », avait-il martelé. Reste à savoir si Jean-Marc Ayrault adoptera la même position.

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