Justice

Affaire Nkandla : la défense de Jacob Zuma craque sous la pression

Le président sud-africain, Jacob Zuma, à Abuja, Nigeria, 29 mai 2015. © Sunday Alamba/AP/SIPA

La défense de Jacob Zuma lâche du lest. Sous la pression de l'opposition, les avocats du président sud-africain ont concédé mardi que le chef de l'État avait eu tort de ne pas rembourser une partie de l'argent public dépensé pour sa résidence privée.

« Nous acceptons que le président doive réparer » son erreur, a déclaré mardi 9 février l’avocat du chef de l’État, Jeremy Gauntlett, devant la Cour constitutionnelle. Un virage dans la défense de Jacob Zuma, mis sous pression par l’opposition depuis de nombreux mois.

Il faut dire que à l’extérieur du bâtiment, les opposants au chef de l’État donnaient de la voix. Quelque 5 000 partisans de l’opposition, à l’origine de la saisine de la Cour constitutionnelle, manifestaient en effet devant la Cour à Johannesburg. Parmi les cris de la foule, les traditionnels « Zuma doit partir », ou encore « Rends l’argent ».

Jacob Zuma refusait jusque là de rembourser un centime 

Le scandale Nkandla, du nom du village où se trouve la propriété privée du chef de l’État, est un véritable boulet pour le président. L’affaire est également devenue un symbole des accusations de corruption qui planent sur son gouvernement et son parti, le Congrès national africain (ANC).

En 2014, la médiatrice de la République, Thuli Madonsela, avait rendu un rapport accusant Jacob Zuma d’avoir « indûment bénéficié » des travaux. Elle avait alors recommandé qu’il rembourse une partie des sommes.

Jacob Zuma avait déclaré plusieurs fois qu’il n’avait pas ordonné la rénovation de sa propriété privée. Une enquête du ministre de la Police, Nathi Nhelko, avait conclu l’année dernière qu’il s’agissait de travaux de « sécurité », y compris la piscine, décrite comme « un réservoir d’eau » en cas d’incendie.

Depuis des mois, Jacob Zuma refusait de rembourser un centime des quelque 220 millions de rands dépensés (20 millions d’euros de l’époque). À la surprise générale, il a cependant admis la semaine dernière l’idée d’un remboursement partiel, sans pour autant avancer de chiffre.

Échéances électorales en vue 

Ce changement de tactique intervient à quelques mois d’élections locales clés. Mais aussi à quelques jours du discours, jeudi devant le Parlement, de Jacob Zuma sur l’état de la nation. L’année dernière, cette session solennelle avait été interrompue par les députés du parti de gauche radicale EFF (opposition) interpellant le président pour qu’il rembourse l’argent de Nkandla.

« Nous avions dit que le président goûterait un jour au tribunal et personne ne nous avait crus », jubilait mardi Julius Malema, leader de l’EFF, l’un des deux principaux partis à l’origine de la procédure. « Le président va devoir rembourser l’argent ! » Les cris des manifestants pouvaient être entendus dans l’enceinte du tribunal, où l’audience retransmise en directe à la télévision s’est transformée en tribune pour l’opposition.

Zuma critiqué au-delà de l’affaire Nkandla

La Cour constitutionnelle doit déterminer si les recommandations de la médiatrice de la République, dont les pouvoirs sont constitutionnels, sont légalement contraignantes ou non. Et si le président a sciemment refuser d’appliquer la Constitution dans cette affaire, alors qu’il a juré de la protéger. Le tribunal rendra son jugement à une date ultérieure, après cette audience d’une journée dont le président sort affaibli.

Outre l’affaire de Nkandla, Jacob Zuma essuie un feu de critiques nourri en raison de scandales de corruption et de la crise économique. Alors que le chômage a dépassé les 25%, le pays souffre de la chute de la monnaie locale et des cours des matières premières.

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