Sécurité

Rescapé des attentats de Ouagadougou, je reviendrai au Burkina Faso !

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Consultant indépendant, expert en développement local, décentralisation et management territorial. Jean-Michel Rollot est l'ancien maire de Pontoise (France), il a été l’un des otages rescapés des attentats de Ouagadougou, le 15 janvier 2016.

Soldats à l'entrée de l'hôtel Splendid, à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 16 janvier 2016.

Soldats à l'entrée de l'hôtel Splendid, à Ouagadougou, au Burkina Faso, le 16 janvier 2016. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Durant cette funeste et triste nuit du 15 janvier, j’étais à l’hôtel Splendid de Ouagadougou jusqu’à ce que des soldats français, burkinabè et américains donnent l’assaut, mettent fin à la folie meurtrière de terroristes avides de sang et me rendent ma liberté.

Spécialiste en administration territoriale, j’étais en mission pour l’Union européenne dans le cadre de l’évaluation de la décentralisation au Burkina Faso.

Bien évidemment, après le choc, mes premières pensées sont allées vers les miens. Il fallait rentrer, les voir, les toucher, les embrasser, les rassurer et me retrouver… Mais, très vite, presque sans réfléchir, j’ai dit à mes amis sur place que, ne serait-ce que pour achever ma mission, je reviendrai…

C’était une réponse viscérale à ce que j’avais subi

C’était une réponse viscérale à ce que j’avais subi. Aujourd’hui, le temps commence à passer, les plaies à se cicatriser, les images à s’estomper et le temps de la réflexion sereine se réinstalle doucement. Et je le sais : je reviendrai au Burkina Faso !

Des hommes ont envoyé des gamins à la mort avec pour mission d’instiller la terreur et la peur dans un pays qui vient de s’engager avec courage sur la voie de la démocratie. Ils l’ont fait au nom d’une interprétation fausse de l’islam en restant bien à l’abri derrière leurs ordinateurs et en sacrifiant dans une même horreur indifférente des enfants-soldats perdus, des clients et des serveurs de restaurant qui n’avaient rien demandé et leurs familles aujourd’hui éplorées. Or, ces commanditaires se trompent, mentent à leurs ouailles et, probablement, se mentent à eux-mêmes pour assouvir leur soif de pouvoir et de domination. Voilà pourquoi je reviendrai au Burkina Faso !

Un ami burkinabè, maladroitement, s’est excusé de ce qui m’était arrivé. Je lui ai répondu qu’il n’avait pas à le faire et que les Burkinabè ne devaient surtout pas penser qu’ils étaient responsables de quoi que ce soit. Aujourd’hui, avec le président Roch Kaboré et après de longs mois de transition, le pays est en train d’écrire une nouvelle page de son histoire.

Le moment n’est pas venu de baisser les bras. Voilà pourquoi je reviendrai au Burkina Faso !

Il a donné au monde un vibrant exemple de démocratie émergente, avec une campagne électorale sans heurt et jusqu’au geste symbolique du perdant, Zéphirin Diabré, venu saluer le vainqueur le soir même de sa défaite. C’était du jamais vu en Afrique ; c’était beau… L’avenir reste à écrire et chacun doit y prendre sa place. Le moment n’est pas venu de baisser les bras. Voilà pourquoi je reviendrai au Burkina Faso !

Depuis des années, j’ai choisi de m’engager dans l’aide au développement pour apporter ma contribution à la réduction des fractures Nord/Sud. Je crois fermement qu’il en va de l’honneur des anciennes puissances coloniales de participer à l’émergence des pays du continent. J’y vois plus une forme de fraternité que de volonté de réparation des erreurs de l’histoire et je crois au partage des savoirs et des expériences.

La tâche est encore immense, au Burkina Faso comme ailleurs ; le temps n’est pas venu pour les replis sur soi et les égoïsmes, même si des murs commencent à fragmenter le paysage européen. La bataille pour la solidarité est encore à mener… Voilà pourquoi je reviendrai au Burkina Faso !

Parisien, j’ai manifesté après l’attaque de Charlie et, tout en versant des larmes, j’ai crié ma volonté de résistance après les attentats de novembre. Avec des millions d’autres, j’ai dit que je n’avais pas peur et que je continuerai d’aller au spectacle, au stade ou de m’installer à une terrasse de café et je le fais. Je ne saurai vivre sans cette cohérence qui me pousse aux mêmes sentiments de soutien et de résistance pour Ouagadougou. Voilà pourquoi je reviendrai au Burkina Faso !

Face à ceux qui parlent de guerre, de sang, de larmes, de peur et de mort, à ma place, je veux parler de développement, de solidarité, de partage, de fraternité, de joie. Moi, je veux parler de paix…

Voilà pourquoi je reviendrai au Burkina Faso !

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