Politique

Afrique du sud : l’opposition attaque Zuma dans la rue et devant la Cour constitutionnelle

Les deux principaux partis d’opposition sud-africains manifestaient mardi à Johannesburg, devant la Cour constitutionnelle où leurs avocats plaidaient pour obliger le président Jacob Zuma à rembourser une partie des 15 millions d’euros d’argent public dépensés pour rénover sa résidence privée de Nkandla.

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Mis à jour le 9 février 2016 à 15:51

Le président sud-africain, Jacob Zuma, à Abuja, Nigeria, 29 mai 2015. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Le Nkandlagate n’en finit pas de grossir. Ce mardi 9 février, des milliers de membres du parti de gauche radicale EFF (Combattants de la liberté économique) étaient dans la rue aux cris de « Zuma doit partir » et « Rends l’argent ! Rends l’argent ! », un slogan qui retentit au Parlement à chaque apparition du chef de l’État depuis plus de deux ans.

Les raisons de la colère

Le scandale de Nkandla, du nom du petit village où se trouve la propriété du président, est devenu un véritable fardeau pour ce dernier, et un symbole des accusations de corruption qui planent sur son gouvernement et son parti, le Congrès national africain (ANC).

Alors qu’on lui reprochait déjà d’être trop cher comme président, le scandale s’est amplifié début 2014 lorsque Thuli Madonsela, médiatrice de la République, chargée de veiller à l’utilisation des deniers de l’État, a rendu un rapport accusant Jacob Zuma d’avoir « indûment bénéficié » des travaux. Elle avait recommandé qu’il rembourse une partie des sommes reçus.

La Cour constitutionnelle doit désormais déterminer si ces recommandations sont légalement contraignantes ou non. Wim Trengove, l’avocat du parti de l’EFF, a déclaré mardi 9 février devant la Cour : « Nous soutenons que le mépris du président à l’égard de la médiatrice de la République enfreint ses obligations telles que définies par la Constitution ». Les cris des manifestants pouvaient être entendus dans la cour, pendant l’audience qui s’est transformée en tribune pour l’opposition.

Quelles conséquences immédiates pour l’ANC ?

Cet incident, loin d’être un cas isolé pour le président, pourrait influencer les élections municipales en août et révéler une baisse de soutien pour l’ANC, le parti de Nelson Mandela, au pouvoir depuis la fin de l’apartheid il y a 22 ans.

« Cette affaire va beaucoup plus loin que la question des pouvoirs de la médiatrice », a argumenté Anton Katz, avocat du parti libéral Alliance démocratique (DA). « Il y a eu un abus de biens publics d’un niveau extraordinaire, au profit d’une seule famille, dans un pays où la plupart des familles ont tout juste accès à la nourriture, à l’éducation, à la santé et au logement. »

Une procédure judiciaire qui n’avance pas

Jacob Zuma refusait depuis des mois de rembourser un centime des quelque 220 millions de rands dépensés (20 millions d’euros de l’époque, un peu moins de 15 millions aujourd’hui). Il a fait volte-face il y a une semaine, admettant l’idée d’un remboursement partiel, mais les deux partis ont maintenu leur action en justice.

« La proposition du président n’est rien d’autre qu’une manœuvre de communication pour échapper à ses responsabilités », a déclaré la DA dans un communiqué.

La cour a prévu d’écouter les arguments mardi et de rendre son jugement à une date ultérieure.

L’ANC a de son côté affirmé dans un communiqué que le président n’a « jamais méprisé les recommandations de la médiatrice ». « Il est regrettable que l’affaire concernant le président ait été négativement politisée par l’EFF et la DA », estime le parti.

Jacob Zuma doit prononcer jeudi au Cap (sud) son discours annuel sur l’état de la nation au Parlement. L’année dernière, la séance avait été interrompue par les députés de l’EFF qui interpellaient Jacob Zuma pour qu’il rembourse l’argent de Nkandla. Ils avaient été brutalement évacués par les services de sécurité.