Religion

[Reportage] Sénégal : sur les traces de l’imam Alioune Badara Ndao

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Fin octobre, l'imam Alioune Badara Ndao était arrêté à Kaolack dans le cadre d'une vaste opération antiterroriste contre un réseau de jihadistes supposés en lien avec Boko Haram. Dans sa petite école coranique, ses fidèles clament son innocence. Un reportage photo de Sylvain Cherkaoui.

Des petites maisons en tôle et en briques tiennent à peine debout autour d’une mosquée modeste, dans laquelle des gamins récitent des versets du Coran. Âgés de 5 à 18 ans, ils sont près de deux cent filles et garçons à fréquenter quotidiennement cette daara des faubourgs de Kaolack, construite il y a une quinzaine d’années par un imam salafiste, Alioune Badara Ndao. Pour ces talibés, le programme quotidien est chargé : lever à 4h30 pour la première prière de la journée, cours à l’école publique franco-arabe mitoyenne le matin, puis enseignement religieux l’après-midi et le soir.

Dans la nuit du 26 au 27 octobre 2015, cette école coranique a été réveillée en sursaut par l’irruption d’éléments de la section de recherches de la gendarmerie nationale, venus interpeller l’imam Ndao à son domicile. Assis sur une chaise en plastique devant la mosquée, Daouda Seck, un de ses disciples à la longue barbe teinte au henné, s’en rappelle « comme si c’était hier ». « Ils sont arrivés à plusieurs dizaines de commandos. Ils ont défoncé les portes et sont entrés dans les chambres où des femmes dormaient. Ils ont menotté l’imam et l’ont embarqué, sans explications. Depuis, je ne l’ai plus revu. »

Vaste opération antiterroriste

Suspecté d’appartenir à un réseau en lien avec Boko Haram qui projetait de mener des attentats au Sénégal, Alioune Badara Ndao était surveillé de près par les services de renseignement depuis plusieurs mois. Il a été arrêté dans le cadre d’une vaste opération antiterroriste qui a débouché sur plusieurs interpellations de jihadistes supposés dans différentes villes du pays, fin octobre et début novembre. Ndao et ses co-accusés sont aujourd’hui détenus à la prison de Saint-Louis. Ils sont inculpés, entre autres, d’« actes de terrorisme » et d’« association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste » et doivent être prochainement entendus sur le fond par le juge d’instruction en charge du dossier. À Kaolack, ses fidèles continuent de faire vivre sa daara, tout en dénonçant un complot contre leur imam qu’ils jurent innocent.

Le reportage photo de Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

L’imam Alioune Badara Ndao prêchait dans une daara à Kaolack, l’une des plus grandes villes du Sénégal, située à presque 200 km au sud-est de Dakar.

Daouda Seck, qui assure l’accueil dans la daara. Il se fait le porte-parole de l’imam Ndao, actuellement détenu à la prison de Saint Louis.

Daouda Seck dans la mosquée où l’imam prêchait parfois en faveur du jihad, selon les autorités. Dans la mosquée viennent prier des élèves mais aussi des adultes du voisinage.

La daara fonctionne en partenariat avec une école publique franco-arabe. Environ deux cents élèves la fréquentent.

C’est l’heure de la prière à la mosquée de la daara de l’imam Ndao. La journée d’enseignement, qui commence à 4h30 du matin, est rythmée par les 5 prières quotidiennes.

Les talibés, ces enfants confiés à l’imam Alioune Badara Ndao, apprennent le Coran jusqu’à la prière du soir à la mosquée.

Les talibés ont entre 5 et 18 ans. Certains restent et deviennent superviseurs. Le prêche est donné par un imam du quartier, Arona Deme, qui est plutôt modéré.

 

Un talibé collégien se repose dans sa chambre à la daara. Ils sont trois pensionnaires à la partager. 

La daara de Ndao a sa propre boutique, comme revenu complémentaire et pour éviter aux talibés de sortir à l’extérieur.

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