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Niger – Amadou Boubacar Cissé : « Il n’y a pas de raison que la victoire nous échappe »

Amadou Boubacar Cissé, candidat de l'UDR à la présidentielle nigérienne.

Amadou Boubacar Cissé, candidat de l'UDR à la présidentielle nigérienne. © Page Facebook d'Amadou Boubacar Cissé.

Amadou Boubacar Cissé, ancien ministre du Plan désormais dans l’opposition, briguera la présidence de la République du Niger à l’occasion de la présidentielle du 21 février prochain. Il explique ses ambitions pour son pays et fait part de ses impressions à moins de deux semaines du scrutin.

Membre avec Seini Oumarou, Mahamane Ousmane et Hama Amadou notamment de la Coalition pour l’alternance en 2016 (Copa 2016), Amadou Boubacar Cissé est bien décidé à faire barrage à une réélection de Mahamadou Issoufou pour un second mandat.

Persuadé que l’opposition rassemblée peut l’emporter au second tour grâce aux réserves de voix, l’ancien ministre répond aux questions de Jeune Afrique relatives à la sécurité, l’économie ou encore le contexte régional.

Jeune Afrique : Vous avez signé la semaine dernière un accord de ralliement avec plusieurs candidats de l’opposition en cas de second tour. Quel est l’objectif de cette Coalition pour l’alternance en 2016 (Copa 2016) ?

Amadou Boubacar Cissé : Proposer une alternance au pays, en mettant en commun les forces en désaccord avec le régime actuel. Dès que l’un d’entre nous sera en position de gagner, nous l’appuierons sur la base d’un programme dont nous avons déjà défini les grandes lignes en termes de gouvernance politique et de gestion économique. De plus, nous allons mutualiser nos efforts afin de superviser les élections et veiller à ce qu’il y ait le moins de fraude possible. Le groupe que nous avons formé est très nettement supérieur aux autres formations politiques. Si ces élections sont transparentes, il n’y a pas de raison que la victoire nous échappe.

Mahamadou Issoufou assure pourtant croire en une réélection au premier tour.

Le camp présidentiel n’a pas d’autres possibilités : il n’a pas de réserve de voix pour le second tour. Il a des moyens colossaux, cent fois supérieurs à ce que nous pouvons mobiliser, mais ils ont contre eux une forte impopularité, y compris dans le fief du président. Il est impossible que Mahamadou Issoufou soit réélu au premier tour. Nous le contesterions et les Nigériens n’accepteront pas un passage en force. Même le président Tandja, qui avait un large soutien en 2004, n’a pas réussi à dépasser 45% des voix.

La mutualisation des efforts de l’opposition permettra de limiter la fraude

Le fichier électoral actuel garantit-il selon vous des élections transparentes ?

Non. Des niches de fraude ont certes été éliminées mais cela ne résout pas tous les problèmes. Il y a toutes sortes de manipulations, dont des tentatives d’achat de cartes d’électeur. La mutualisation des efforts de l’opposition permettra de limiter la fraude.

N’a-t-il pas été difficile de construire une coalition entre des candidats qui appartenaient il y a peu à des camps opposés ?

Il faut bien comprendre que nous avons tous été en relation à un moment ou un autre de notre parcours, d’autant que la plupart des partis nigériens émanent de l’ancien Mouvement nigérien pour la société du développement (MNSD). Mais ce qui nous rassemble aujourd’hui, c’est que chacun des candidats de cette coalition a compris que le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir, NDLR) ne pouvait être un allié sûr. Il tente en permanence d’inféoder ou de détruire les autres formations. Pour nous, il n’y a qu’une alternative : le tout sauf PNDS.

Quels sont les principaux axes de votre programme, en tant que candidat de l’UDR ?

Je pense que le Niger a besoin d’une politique nouvelle au niveau de la jeunesse, de la solidarité nationale et du leadership féminin. En insistant sur le retour aux valeurs positives du travail et du mérite, nous voulons par-dessus tout prendre un nouveau départ en ce qui concerne la lutte contre l’impunité et exercer une tolérance zéro contre la corruption. Enfin, la protection de l’environnement est également un défi majeur, dans laquelle beaucoup d’erreurs ont été faites.

Pour nous, il n’y a qu’une alternative : le tout sauf PNDS

Le président Issoufou fait campagne sur son bilan. Peut-on dire qu’il est positif, notamment en termes d’infrastructures ?

Il faut d’abord dire que ce bilan est en bonne partie celui d’un gouvernement de coalition. Il ne lui est pas personnel. Je ne crois que cela doive lui donner un avantage particulier dans cette élection.

En tant qu’ancien ministre du Plan, vous seriez donc prêt à dire que ce bilan est satisfaisant ?

C’est un progrès incontestable mais c’est un bilan en demi-teinte, même au niveau des infrastructures. Nous aurions pu faire beaucoup mieux. Beaucoup de nouvelles infrastructures ont été construites mais, parallèlement, une bonne partie du réseau routier n’a pas été entretenu. Aujourd’hui, sur des axes très importants, il y a des sections qui sont extrêmement difficiles et qui handicapent notre développement économique. Beaucoup de choses ont été faites par intérêt politique au détriment de la cohérence spatiale. Des investissements ont été concentrés dans des zones censées être favorables électoralement au PNDS.

 

Considérez-vous que l’armée nigérienne, dont plusieurs responsables ont été arrêtés au lendemain de la tentative de coup d’État, a besoin d’être réformée ?

Il est difficile d’apprécier la situation à partir de cette tentative supposée de coup d’État, sur laquelle nous n’avons pas beaucoup d’éléments. De façon générale, notre armée républicaine est fortement engagée pour la sécurité des populations. Des questions internes ont-elles pu l’amener à ne pas remplir ses objectifs ? C’est une question à laquelle il faudra répondre. Notre priorité sera de lancer un état des lieux des institutions et d’affiner nos stratégies en conséquence.

Pour lutter contre les trafics, il ne faut pas encourager l’impunité

La situation dans le Nord, et notamment dans la région d’Agadez, en proie aux trafics de drogue et de migrants, vous semble-t-elle préoccupante ?

Oui. D’autant plus que les acteurs de ces trafics ne sont pas inconnus. Sur ce sujet, il y a un problème de double langage de la part des autorités. Pour lutter contre ces trafics, il ne faut pas encourager l’impunité.

Une loi a pourtant été adoptée en 2015 pour lutter contre le trafic des migrants.

C’est vrai. Tout a été fait pour donner une bonne image du pays à l’extérieur. Mais a-t-on vraiment appliqué la législation ? Il y a le discours et il y a les faits. Et ils ne sont pas toujours en adéquation.

Le Niger doit-il s’impliquer davantage dans la résolution des conflits en Libye et au Mali ?

Le Niger doit nécessairement être concerné et il est légitime que l’on participe à ces dialogues. Mais je pense également qu’il est fondamental que l’on se concentre sur nos défis nationaux. Il ne faut pas vouloir intervenir de façon tonitruante à l’extérieur alors que, en notre sein, un certain nombre de problèmes méritent notre attention.

La stabilisation de la Libye est une nécessité pour le Niger

Seriez-vous favorable à une intervention militaire étrangère en Libye ?

La déliquescence de l’État libyen est évidemment une préoccupation très forte et la stabilisation de la Libye est une nécessité pour le Niger. Il faut toutefois bien analyser les potentielles mesures qui permettront de résoudre ce problème. L’intervention militaire est une alternative parmi d’autres, mais je crois qu’il faut surtout chercher à atteindre un consensus national autour d’un plan d’action commun aux différentes formations politiques.

 

Hama Amadou, candidat au scrutin présidentiel détenu à Filingué, estime être victime d’une incarcération politique. Aurait-il dû bénéficier de la liberté provisoire ?

Si un candidat a été déclaré éligible, on ne peut pas ne pas lui permettre de bénéficier des mêmes chances que les autres prétendants. Il aurait sans doute dû avoir la possibilité de se faire entendre et de convaincre les électeurs.

 

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