Politique

Somalie : les Shebab ont repris le contrôle du port stratégique de Merka sans combattre

Le groupe terroriste somalien d’idéologie salafiste a repris ce vendredi le contrôle du port stratégique de Merka, situé au sud-est de la Somalie, à 100 km de Mogadiscio. La reconquête du port de Merka permettra de nouveau aux Shebab d’avoir un accès direct à la mer et de se livrer à différents trafics.

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Mis à jour le 5 février 2016 à 18:33

Des combattants Shebab près de Mogadiscio, en mars 2012. © Farah Abdi Warsameh/ AP/SIPA

Dans la matinée de ce vendredi, le port stratégique de Merka a été déserté par les troupes de la force de l’Union africaine en Somalie (Amisom). Le port était sous contrôle des forces gouvernementales et de l’Amisom depuis août 2012 lorsque ces dernières en avaient délogé les Shebab après plusieurs combats accrochés, en août 2012. On ignore toujours les raisons de ce retrait soudain, dans une zone habituellement sous contrôle du contingent ougandais.

« Les soldats de maintien de la paix de l’Union africaine ont quitté la ville et les combattants Shebab sont entrés sans combattre et la contrôlent désormais », a expliqué Ibrahim Adam, gouverneur de la région de Basse-Shabelle.

Une réelle prise d’envergure

La reconquête de Merka par les Shebab leur donnera, une fois de plus, un accès direct à la mer. Lorsqu’ils contrôlaient le sud somalien, cet accès leur permettait de s’adonner à divers trafics, notamment celui du charbon. Cette reconquête, qui constitue avant tout une prise d’envergure, est aussi très symbolique. En effet, la ville historique de Merka, fondée au 10e siècle, est réputée pour la beauté de ses dunes avoisinantes et de son art. Le port de Merka était un des principaux fiefs des Shebab après sa conquête en 2008. Jusqu’à la prise de Merka ce vendredi, les islamistes radicaux somaliens n’avaient plus conquis d’importantes localités depuis l’offensive de l’Amisom et des forces gouvernementales en 2011.

La prise du port a été confirmée par plusieurs habitants. Ils ont expliqué que les Shebab avaient commencé à s’adresser aux citoyens. Ibrahim Mumin, un habitant de Merka témoigne : « Les forces de l’Amisom se sont retirées de la ville à la mi-journée et toutes les forces de sécurité somaliennes sont parties quelques minutes plus tard ». Et d’ajouter : « Des combattants Shebab lourdement armés ont alors investi la ville. Ils sont en train de parler aux habitants au siège du district ». Des sources gouvernementales à Mogadiscio ont refusé de réagir à la prise du port.

Opérations de guérilla et attentats suicides

Les shebab ont été chassé de Mogadiscio en août 2011 par la puissance de feu largement supérieure de l’Amison. Les islamistes radicaux somaliens ont donc perdu l’essentiel de leurs bastions mais ils contrôlent toujours de nombreuses zones rurales. Préférant les opérations de guérilla et les attentas suicides au combat traditionnel, les Shebab restent une menace pour la sécurité en Somalie et dans ses pays voisins. Au Kenya, par exemple, ils ont mené de nombreuses attaques et ont fait plus de 400 morts depuis 2013.

La cible : les bases de la force de l’UA

Vendredi matin, c’est Mogadiscio qui a été la cible des Shebab : trois personnes ont perdu la vie dans un attentat à la voiture piégée. Cette attaque visait un responsable de la sécurité de l’aéroport international. Ces six derniers mois, plusieurs bases de la force de l’UA ont été prises pour cible par des insurgés islamistes. Leurs attaques spectaculaires sont toutes plus meurtrières les unes que les autres. Mi-janvier, un camp du contingent kényan du sud-somalien abritant environ 180 soldats a été complètement pillé et détruit.

Les Shebab ont affirmé avoir tué plus de 100 soldats kényans lors de cette attaque, un chiffre non-confirmé de source officielle mais jugé crédible par une source sécuritaire régionale. En six mois, cette incursion est la troisième d’ampleur contre une base de l’Amison dans le sud de la Somalie. Les Shebab avaient attaqué une base burundaise fin juin puis un camp ougandais à Janale.

Les élections de 2016 compromises

Des contingents de trois des principaux contributeurs de troupes de l’Amison déployés en Somalie ont été frappés par les terroristes. Ces derniers peuvent se targuer de succès militaires devenus rares ces quatre dernières années. Depuis la chute de l’autocrate Siad Barre en 1991, le pays est au fond du gouffre : la Somalie est désormais livrée aux chefs de guerre, aux gangs criminels et aux groupes islamistes. La communauté internationale tente donc de remédier à cette situation chaotique et désire rétablir un État central grâce aux élections prévues en 2016 (les premières depuis plus de 40 ans). Malheureusement, ces dernières semblent être fortement compromises par la situation sécuritaire qui domine la Somalie en ce moment.