Automobile

Bourse : CFAO navigue entre les crises

Affecté par l’envolée du yen et du dollar et par les incertitudes politiques au Maghreb et en Côte d’Ivoire, le cours du distributeur spécialisé fait le yoyo. Le groupe panafricain s’affiche néanmoins comme un titre fiable.

Seize mois après l’introduction de CFAO à la Bourse de Paris, une chose est certaine : le distributeur panafricain n’est pas à ranger parmi les valeurs de bon père de famille ! Introduit dans les premiers jours de décembre 2009 à 27 euros, le titre a touché le fond cinq mois plus tard, à 20,70 euros, avant de rebondir pour finir l’année au-dessus des 32 euros.

Derrière cette évolution en dents de scie, une double réalité pèse sur le groupe de distribution spécialisé dans l’automobile et les produits pharmaceutiques : son exposition aux risques géopolitiques et une forte sensibilité à l’évolution des cours des grandes devises. « Environ 30 % des achats du groupe se font en yens et 30 % en dollars, rappelle Patrick Jousseaume, analyste à la Société générale. Des niveaux qui montent à environ 40 % dans l’activité auto. » CFAO achète en effet des véhicules japonais et américains (Toyota, Nissan, General Motors, etc.) et les revend pour 80 % d’entre eux dans des zones monétaires liées à l’euro.

En 2010, le mouvement d’appréciation du yen et du dollar face à la monnaie européenne a pesé négativement sur les comptes du distributeur, d’où le fort recul du titre entre mars et mai 2010. La chute depuis janvier 2011 s’explique quant à elle pour l’essentiel par la paralysie de l’économie en Côte d’Ivoire, où CFAO compte l’une de ses principales filiales (6 % des revenus du groupe), et par la peur d’une contagion révolutionnaire de la Tunisie, l’Égypte et la Libye vers l’Algérie et le Maroc (19 % des revenus).

Théoriquement, CFAO reste pourtant un titre fort. « C’est l’une des seules valeurs cotées à l’international permettant une exposition sur l’ensemble du continent, affirme un gérant qui couvre l’ensemble des pays émergents. Et l’une des seules aussi à n’avoir aucun lien avec les matières premières. » L’année dernière, le distributeur est parvenu à retrouver le chemin de la croissance, dans un contexte économique pourtant difficile, avec un chiffre d’affaires (2,7 milliards d’euros) en hausse de 3,6 % et un bénéfice part du groupe au-dessus des 100 millions d’euros (+ 11 %).

Optimisme

« CFAO a bien su naviguer, explique Patrick Jousseaume. Des actifs non stratégiques ont été vendus et des acquisitions ont été faites pour renforcer la division “automotive” en Nouvelle-Calédonie, à la Réunion et au Maroc. » La société a également montré sa capacité à augmenter les prix unitaires des voitures, sans trop affecter les volumes vendus. Tout en annonçant de nouveaux développements, notamment dans la distribution d’équipements miniers et pour la construction.

Goldman Sachs fait partie des fans. Fin 2010, la banque d’affaires américaine estimait même envisageable un cours à 44 euros. Quelques mois plus tard, crises nord-africaines et ivoirienne obligent, l’objectif a été revu à la baisse (33 euros d’ici à la fin du mois d’août). Mais le ton reste optimiste : « Dans notre scénario positif, la résolution des crises en Côte d’Ivoire et au Maghreb pourrait entraîner une hausse du cours 40 % au-dessus de ses niveaux actuels, explique Freddie Neave, analyste chez Goldman Sachs. Dans notre scénario négatif, un élargissement des difficultés politiques vers l’Algérie et le Maroc pourrait entraîner une petite baisse par rapport aux niveaux actuels. »

Une baisse que certains, qui trouvent cette valeur globalement surévaluée, verraient d’un bon œil. « CFAO reste trop cher par rapport à ses perspectives de croissance, avec un PER [price earning ratio, rapport entre le cours boursier et les bénéfices, NDLR] qui oscille entre 15 et 18, explique un gérant spécialisé sur l’Afrique. C’est pour cela que, même lorsque le titre était au plus bas, je ne l’ai jamais acheté. »

 

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