Cinéma

Cinéma : ce qui est vrai, ce qui est faux dans « Chocolat », le film de Roschdy Zem

Le clown Chocolat et Footit. © Gaumont / Collection Sirot-Angel/leemage

Parabole morale, le film de Roschdy Zem sur le clown Chocolat s'autorise des libertés avec la réalité. Alors, vrai ou faux ?

Comme il le reconnaît bien volontiers lui-même, l’acteur et réalisateur Roschdy Zem a pris des libertés par rapport à l’histoire de Rafael Padilla pour les besoins de son film, allégorie morale décryptant le racisme d’une époque pour mieux évoquer celui qui sévit aujourd’hui. Sans pour autant dénigrer ce choix artistique, nous sommes allés à la recherche de la vérité en nous appuyant sur la biographie écrite par l’historien Gérard Noiriel, Chocolat, la véritable histoire d’un homme sans nom, aux Editions Bayard.

Chocolat était originaire de Cuba où sa famille eut à subir l’esclavage

VRAI. L’absence d’état civil de Rafael suggère qu’il serait né entre 1865 et 1868 dans une famille d’esclaves ou de « cimarrons ». Il aurait ensuite été vendu sur le port à un riche exploitant espagnol qui l’aurait emmené comme domestique dans la ville de Sopuerta, non loin de Bilbao, pour l’usage de sa famille.

Le cirque Delvaux aurait été le premier à employer Rafael sur la piste

FAUX. Le cirque Delvaux n’existe pas, c’est le clown d’origine britannique Tony Grice, connu pour ses parodies de corrida, qui rencontra Rafael dans la région de Bilbao et l’embaucha alors qu’il avait fui la maison de son maître pour échapper aux mauvais traitements. Déjà, en tant que cascadeur, Rafael encaissait des coups sans pouvoir y répondre et, une fois sorti de piste, devenait le domestique de Madame Tony Grice.

Le clown Footit vint démarcher Chocolat dans l’idée de former un duo

FAUX. À la fin des années 1880, emmené à Paris par Tony Grice, Chocolat connut presque aussitôt un succès phénoménal, d’abord avec Tony Grice, puis dans le rôle principal dans la pantomime La noce de Chocolat, au Nouveau Cirque. Pendant ce temps, le britannique Footit n’était pas sur le déclin et faisait lui aussi des débuts fracassants. L’idée du duo viendrait plus tard, en 1888, à l’initiative du metteur en scène Henri Agoust.

Poursuivi par la police pour défaut de papier, Chocolat séjourna en prison

FAUX. S’il est vrai que Rafael ne bénéficia jamais d’un état civil en bonne et due forme, il ne fut jamais arrêté pour cela. La seule affaire judiciaire connue le concernant est néanmoins évoquée dans un autre passage du film : un jour, la rivalité entre les écuyers et les clowns du Nouveau Cirque dégénéra, en 1887. Tony Grice et deux co-prévenus, un Italien et un « on-ne-sait pas quoi » selon la presse furent poursuivis pour coups et blessures. Ce « on ne sait pas quoi », c’était Chocolat qui, avec Antonio (un Portugais et non un Italien…) se chargea de défendre Grice. L’affaire se termina par un non lieu.

Marie Hecquet, épouse de Chocolat, était veuve et infirmière de métier

FAUX. Marie Hecquet eut le courage, extraordinaire pour l’époque, de divorcer de son mari, le sieur Grimaldi, pour s’en aller avec ses deux enfants, Eugène et Suzanne, vivre avec un clown nègre. Pour les besoins du film, Roschdy Zem en a fait une infirmière : cela collait bien avec l’implication personnelle de Chocolat auprès des enfants malades des hôpitaux de Paris. Par ailleurs, Chocolat éleva les enfants de Marie Hecquet comme il aurait élevé les siens.

Footit et Chocolat furent filmés par les frères Lumière

VRAI. Alors que le cinéma en était à ses balbutiements, les deux comiques furent filmés par les frères Lumières, comme le montre d’ailleurs le court métrage présenté à la fin de Chocolat. Ils furent aussi les cobayes, avant le succès du cinéma, d’Emile Reynaud, l’inventeur du praxinoscope, mais les images de ce théâtre optique ont toutes été détruites.

Chocolat connut l’échec lorsqu’il entreprit de jouer Othello au théâtre

FAUX. Là encore, Roschdy Zem a choisi de rapprocher deux épisodes distincts de la vie de Rafael pour les besoins de son allégorie. En réalité, Chocolat fut bien le premier acteur noir à interpréter Othello en France, mais c’était dans une parodie de l’opéra que Verdi avait tiré de la pièce de Skaespeare. La scène finale était mimée par Chocolat avec une écuyère dans le rôle de Desdémone, sur l’air du Carnaval de Venise, en 1894. L’échec théâtral de Rafael vint beaucoup plus tard, en décembre 1911, sur la scène du théâtre Antoine, dans une pièce d’Edmond Guiraud, Moïse. Analphabète, incapable d’apprendre son texte, Chocolat fut laminé par la critique.

Entre Footit et Chocolat, l’amitié l’emporta sur les jalousies

FAUX. Malheureusement, la réalité ne fut pas celle d’un duo à la vie à la mort sur fond d’amitié profonde. Footit, personnage égocentrique et dépressif, avait du mal à accepter l’importance prise par Chocolat, faire-valoir sans lequel le succès l’aurait très vite abandonné. S’il était contraint de jouer avec lui et de faire une bonne figure, il ne ratait pas une occasion, notamment dans la presse, de rabaisser son talent.

Chocolat mourut en 1917, comme simple balayeur dans un cirque

FAUX. Chocolat est bien mort le 4 novembre 1917, à Bordeaux, mais il n’était pas simple balayeur, il était toujours clown, au sein du cirque Rancy et partageait notamment la piste avec les fils de Footit. Son fils adoptif, Eugène, avec qui il avait formé le duo « Tablette et Chocolat », connaîtrait lui aussi un certain succès dans le monde circassien.

Le vrai nom de Chocolat était Rafael Padilla

PAS SÛR. Selon Gérard Noiriel, plusieurs hypothèses ont cours concernant le vrai nom du clown. Son prénom, Rafael, est à peu près certain. Pour le reste, on l’a affublé des patronymes De Leïos, Patodos et Padilla – ce dernier pouvant faire référence au nom de la femme de son ancien maître espagnol.

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