Sport

Tropicale Amissa Bongo : comment le Gabon est devenu un laboratoire du cyclisme africain

Daniel Teklehaimanot porte le maillot à pois lors de l'édition 2015 du Tour de France.

Daniel Teklehaimanot porte le maillot à pois lors de l'édition 2015 du Tour de France. © Peter Dejong/AP/SIPA

La plus grande course africaine, la Tropicale Amissa Bongo qui s’est élancée le 18 janvier depuis la ville de Kango arrive à Libreville dimanche. Les coureurs africains côtoient les internationaux et les recruteurs ne sont pas loin.

L’air de rien mais sur son 31, Daniel Teklehaimanot se promène aux abords de la ligne de départ de la Tropicale Amissa Bongo. Il ne court pas cette année, mais a tenu à faire l’aller retour dans la petite ville de Kango, à quelques kilomètres de Libreville, pour assister à la première étape de la compétition à l’issue de laquelle il recevra le trophée du « Meilleur cycliste africain de l’année 2015 ».

Cet Érythréen à l’allure élancée et au sourire communicatif ne passe pas inaperçu : dans les rangs des équipes rwandaise, gabonaise, burkinabè, et bien sûr érythréenne, chacun le salue au passage ou l’arrête le temps d’une poignée de main ou d’une photo.

Il faut dire qu’il n’a pas volé le trophée qu’il recevra le soir même à Lambaréné, traditionnelle ville étape de la compétition : l’été dernier, le coureur à fait entrer l’Afrique dans les plus hautes sphères du cyclisme en se faisant remarquer sur les routes du critérium du Dauphiné puis du mythique Tour de France où il a su s’accrocher plusieurs jours de suite au maillot à pois de meilleur grimpeur.

Cet été là, sur le bord des routes, des spectateurs incrédules avaient appris à placer l’Érythrée sur une carte, se demandant qui était ce « grand noir », et réalisant tout à coup que jusqu’à présent, le berceau de l’Humanité avait été absente de la grande boucle.

Être le premier Africain dans les grandes compétitions, Teklehaimanot en a l’habitude : il fut le premier à participer aux Jeux Olympiques de Londres, le premier à faire le Tour d’Espagne et bien sûr le premier à rouler sur le Tour de France…

Tout un symbole : la ville où Daniel est venu chercher son prix est aussi celle dans laquelle il avait remporté une étape il y a quatre ans, à une époque où peu de monde misait sur le cyclisme africain, y compris sur les routes de la Tropicale qui n’avait jusqu’alors été remportée que par des Européens.

« Lambaréné, c’était forcément symbolique pour moi, et y recevoir ce prix c’était sans doute aussi une façon de montrer aux jeunes équipes que tout est possible », résume simplement le champion, qui a tenu a faire plus de 80 heures de voyage aller-retour depuis Asmara où sa famille réside.

Désormais, les recruteurs ont l’œil sur les jeunes africains

Détecté et recruté en 2009 par le centre mondial de formation d’Aigle en Suisse, il rejoindra plus tard l’équipe sud-africaine MTN-Qhubeka (désormais renommée « Dimension Data »), au sein de laquelle il court toujours.

À sa suite, d’autres Africains ont su se faire remarquer, comme son compatriote Natnael Berhane et coéquipier, vainqueur de la Tropicale en 2014, et du Marocain Rafaâ Chtioui (Skydive Dubai) qui l’a remportée en 2015. Désormais, l’Afrique ne compte plus pour du beurre, et la Tropicale, qui a su se hisser au rang de première course du continent, a tenu ses promesses…

À tel point que désormais, les entraîneurs de grandes équipes professionnelles observent avec de plus en plus d’attention les performances de jeunes coureurs inconnus, comme le Rwandais Jean-Bosco Nsengimana (Bike Aid), un ancien vélo taxi de Kigali.

« Je l’ai rencontré dans la rue. Il voulait venir s’entraîner avec moi. Mais il n’avait rien pour lui : pas de physique, pas d’entraînement. Il a insisté, insisté, et j’ai fini par le prendre », explique son ancien entraîneur, Félix Semboma, qui coach l’équipe nationale du Rwanda.

Sur la Tropicale, les grandes équipes ne sont pas très loin

« Dès la première compétition il a montré ses capacités. À la deuxième compétition nationale il est sorti 8e (…) et le voilà», explique Semboma -tout sourire- a propos de son ancien poulain, qui a remporté le Tour du Rwanda en novembre, et qu’il verrait bien finir « dans une grande équipe, sur le Tour de France ».

Or sur la Tropicale, les grandes équipes ne sont pas très loin. Ce matin là, non loin des Rwandais, c’est la célèbre équipe Fortuneo Vital-Concept (anciennement Bretagné Séché Environnement) qui s’équipe sous le regard de l’un des cadres de la formation, Henri Lebobinnec.

« Il y a clairement un autre regard sur le cyclisme africain aujourd’hui. Avec les Teklehaimanot, les Berhane, on regarde de plus près les cyclistes africains qui pourraient passer pro dans nos équipes. C’est grâce à la Tropicale, puisque c’est une course qui fait parler d’elle et que ces coureurs viennent se frotter à des coureurs comme les nôtres », explique Lebobinnec, qui ne cache pas son enthousiasme face aux futurs prodiges de la petite reine….

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