Diplomatie

Burundi : violences et manifestations à l’arrivée des ambassadeurs de l’ONU à Bujumbura

Une manifestation anti-Nkurunziza à Nyakabiga, près de Bujumbura, le 16 mai 2015.

Une manifestation anti-Nkurunziza à Nyakabiga, près de Bujumbura, le 16 mai 2015. © Jerome Delay/AP/SIPA

Alors que les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU doivent rencontrer vendredi le président burundais Pierre Nkurunziza pour tenter de le convaincre d’accepter le déploiement d’une force de paix africaine, Bujumbura a été une nouvelle fois la proie des violences jeudi.

De nouvelles violences ont ainsi éclaté à Bujumbura jeudi 21 janvier, faisant un mort – un adolescent tué par la police, selon des témoins et une source administrative – et un blessé par balles. Des explosions et des tirs ont retenti dans plusieurs quartiers de la capitale, alors que les quinze diplomates du Conseil de sécurité des Nations unies y débutaient leur mission.

Ces 15 diplomates veulent pousser le gouvernement burundais de Pierre Nkurunziza, qu’ils doivent rencontrer vendredi 22 janvier, à ouvrir des pourparlers sérieux avec l’opposition. Ils ont été fraîchement accueillis par plusieurs centaines de manifestants pro-gouvernementaux. « Arrêtez d’interférer dans les affaires burundaises », « un génocide n’arrivera pas », pouvait-on lire sur les pancartes des manifestants.

Rébellion armée

Dans le même temps, les quinze diplomates ont pu prendre connaissance de la dernière déclaration de la rébellion armée, les Forces républicaines du Burundi (Forebu), qui s’est constituée en décembre. Celle-ci a annoncé jeudi, quelques heures avant leur arrivée, qu’elle plaçait à sa tête le général Godefroid Niyombare.

Cet ancien chef d’état-major de l’armée burundaise, puis patron du Service national de renseignement, avait dirigé le putsch manqué de mai 2015 contre le président Nkurunziza, avant de prendre la fuite.

Tout faire pour favoriser l’envoi de la force de l’UA

S’ils doivent discuter avec l’opposition et la société civile, les diplomates onusiens espèrent surtout convaincre le président Nkurunziza d’accepter le déploiement de 5 000 soldats africains dans le cadre d’une Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu). Ce que le gouvernement burundais a, jusque-là, vivement refusé, parlant d’une « force d’invasion ».

Depuis Addis-Abeba, la présidente de la Commission de l’Union africaine (UA) Nkosazana Dlamini-Zuma a émis « l’ardent espoir que la visite du Conseil de sécurité contribuera à la réalisation des deux objectifs fondamentaux et complémentaires que sont le déploiement rapide de la Maprobu et la relance sans délai du dialogue interburundais » sous l’égide du président ougandais Yoweri Museveni. Si la date limite pour que le Burundi accepte le déploiement de la Maprobu est passée depuis longtemps, l’UA n’a encore pris aucune mesure.

Le déploiement de la force africaine pourrait prendre, dans un premier temps, la forme d’un envoi d’observateurs militaires à la frontière avec le Rwanda. Bujumbura a en effet souvent accusé le Rwanda de soutenir des groupes armés d’opposition. Des diplomates à l’ONU craignent en outre que, si la crise échappe à tout contrôle, le Rwanda, marqué par le génocide de 1994, ne soit tenté d’intervenir, au risque de déclencher un conflit régional.

« Nous risquons un autre Rwanda »

Deux anciens présidents burundais ont également plaidé jeudi 21 janvier pour l’envoi de la force africaine et enjoint le Conseil de sécurité de l’ONU d’agir. « Cette force (la Maprobu), nous en avons besoin », a déclaré Domitien Ndayizeye, au pouvoir de 2003 à 2005.

Le Conseil doit « s’impliquer pleinement sinon nous risquons un autre Rwanda », a mis en garde Jean-Baptiste Bagaza (1976-1987). « Arrêtez cette hémorragie au Burundi qui est en train de faire disparaître notre jeunesse », a-t-il ajouté.

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