Économie

Inégalités 2016 : pauvres pauvres !

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

Les riches sont chaque année davantage plus riches que les pauvres. © L'oeil de Glez pour JA

À l’heure où les plus fortunés glosent au Forum économique mondial de Davos, l’ONG Oxfam souligne, dans un nouveau rapport, l'accroissement des inégalités dans le monde. Les 62 personnes les plus riches de la planète possèdent autant que les 3,5 milliards les plus pauvres, soit la moitié de la population mondiale…

C’est une lapalissade : les riches sont plus riches que les pauvres. Ce qui n’est pas une lapalissade, mais tend à devenir une banalité, c’est que les riches sont chaque année davantage plus riches que les pauvres. Et dans l’évaluation des pécules, l’Afrique ne tarde jamais à devenir le mètre étalon de l’indigence.

Les nouvelles statistiques de l’ONG Oxfam sont formelles : Mark Zuckerberg est plus riche que six États réunis, parmi lesquels cinq africains. La fortune du juste trentenaire fondateur de Facebook dépasse la somme des avoirs du Mali, du Botswana, du Rwanda, du Lesotho, du Malawi et des îles Fidji. Le plus alarmant est que les inégalités extrêmes s’accentuent. Selon Oxfam, les 1% les plus riches possèdent désormais davantage que les 99% restants.

Or, la fortune confère un pouvoir qui lui-même donne accès à la pérennisation de cette fortune, voire à son accroissement. À titre d’exemple, l’un des privilèges des plus aisés est de pouvoir biaiser les modèles économiques en leur faveur, tout en écartant leur richesse d’une production vertueuse. Les paradis fiscaux auraient ainsi permis de mettre à l’abri quelque 7 600 milliards de dollars stériles. Et le fossé entre les repus et les nécessiteux de se creuser inlassablement…

Si l’Occidental moyen est sujet à un surendettement fatal à la structure de ses comptes personnels, il n’en reste pas moins que son assiette est mieux garnie

Bien sûr, toute statistique reste un prisme qui prête à débat. Y a-t-il des trompe-l’œil dans le rapport d’Oxfam ? Si c’est le cas, sont-ils de nature à remettre en cause l’interprétation politique qu’on en fait ? L’ONG prenant en compte les dettes individuelles dans son évaluation de la pauvreté, l’indigence de ceux qui, au Sud, n’ont accès qu’à de rares crédits étudiants ou immobiliers est, d’un certain point de vue, sous-évaluée.

Si l’Occidental moyen est sujet à un surendettement fatal à la structure de ses comptes personnels, il n’en reste pas moins que son assiette est mieux garnie que celle du ressortissant d’un pays lui-même qualifié de « pauvre ». Il y a certainement de la fierté à mourir de faim sans rien devoir à personne, mais ça ne calme pas l’appétit…

Chacun voit statistique à sa porte. Comme les Africains qui constatent que la grande majorité du milliard d’individus arrachés à la dèche se situe en Inde et en Chine…

À l’inverse, en se concentrant sur les inégalités, et donc sur la notion de répartition, ce rapport ne considère guère l’accroissement global de la richesse. Si un « pauvre » lambda s’enrichit à un rythme inférieur à celui de l’enrichissement d’un « riche » lambda, le pauvre est moins pauvre, même si le fossé s’est creusé entre les deux lambda. Les appréciations diverses du nouveau rapport d’Oxfam sont moins une question de mauvaise foi de l’ONG que de thème retenu.

Au-delà de la notion d’inégalité, les auteurs ne nient pas qu’en vingt ans, la croissance économique a permis de faire sortir près d’un milliard d’individus de l’extrême pauvreté. Mais chacun voit statistique à sa porte. Comme les Africains qui constatent que la grande majorité du milliard d’individus arrachés à la dèche se situe en Inde et en Chine…

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