Diplomatie

RDC : le Togolais Edem Kodjo à Kinshasa pour jouer les facilitateurs au nom de l’UA

Edem Kodjo, ancien Premier ministre du Togo, le 6 octobre 2011 à Saint-Dié-des-Vosges (France).

Edem Kodjo, ancien Premier ministre du Togo, le 6 octobre 2011 à Saint-Dié-des-Vosges (France). © Wikimedia Commons

De source diplomatique à Kinshasa, Edem Kodjo, ancien Premier ministre togolais, est arrivé lundi soir dans la capitale congolaise pour entamer des "préconsultations" en vue du dialogue politique préconisé par le président Joseph Kabila. Un forum boudé par une frange d'opposition dite "radicale".

D’après nos informations, l’ancien secrétaire général de l’Union africaine (UA) Edem Kodjo est arrivé lundi 18 janvier au soir à Kinshasa. L’ancien Premier ministre togolais fait partie du groupe des Sages de l’Union africaine (UA) et a été désigné vendredi par Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l’UA, pour se rendre « de toute urgence » dans la capitale congolaise afin d’y « mener les consultations nécessaires au lancement [du] dialogue » national politique en RDC.

Pour Kinshasa, l’ancien secrétaire général de l’UA est bien le facilitateur des pourparlers préconisés par le président Joseph Kabila. « Il sera appuyé par le groupe des envoyés spéciaux dans la région des Grands Lacs : Saïd Djinnit pour les Nations unies, Ibrahima Fall pour l’UA, Thomas Perriello pour les États-Unis, Koen Vervaeke pour l’Union européenne notamment », confie une source proche de la présidence de la RDC. « Mais cette co-facilitation internationale n’interviendra qu’en cas de blocage, le dialogue étant entre Congolais et co-modéré par la majorité et l’opposition », précise-t-elle.

Au lendemain de son arrivée, Edem Kodjo devait rencontrer le président Joseph Kabila avant d’entamer des « préconsultations » avec les autres composantes du dialogue, opposants et membres de la société civile compris.

Où est passé Saïd Djinnit ?

Avant l’Union africaine, les Nations unies avaient dépêché début décembre à Kinshasa le diplomate algérien Saïd Djinnit pour la même tâche : « S’entretenir avec le gouvernement et les autres parties prenantes afin de discuter des contours du dialogue. » Mais rien de concret ne s’était produit. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, n’a toujours pas désigné d’autre facilitateur.

« C’est pour tenter de relancer le processus de dialogue que Kinshasa a écrit à l’UA et celle-ci vient de réagir », explique-t-on dans l’entourage du chef de l’État congolais.

 Nkosazana Dlamini-Zuma est soit mal renseignée, soit insuffisamment informée sur la RDC, explique un membre du G7

Mais il n’est pas sûr qu’Edem Kodjo réussisse là où Saïd Djinnit semble avoir échoué. Des opposants réfracteurs au dialogue ne sont toujours pas prêts à changer d’avis. « Pour nous, ce n’est pas une question de la présence, ou non, d’un facilitateur qui pose problème mais plutôt celle du respect de la Constitution », explique Christophe Lutundula, député et membre du G7, plateforme qui réunit les frondeurs de la majorité passés à l’opposition.

« Le communiqué de l’UA appuyant le dialogue préconisé par le président Kabila ne reflète pas la situation politique réelle en RDC. Nous avons l’impression que Nkosazana Dlamini-Zuma apporte sa caution à l’initiative de Kabila qui ne cherche qu’à se maintenir à tout prix au pouvoir », ajoute-t-il, soupçonnant la présidente de l’UA d’être « soit mal renseignée, soit insuffisamment informée des problèmes qui se posent en RDC, lesquels peuvent se résumer, selon lui, au respect de la Constitution et à l’alternance démocratique ».

Vers une transition politique en RDC ?

Le G7 a même déjà proposé son schéma pour la tenue des élections dans les délais constitutionnels : acquisition des kits et du matériel électoral au premier trimestre, suivi au deuxième par la révision du fichier électoral, la mise à jour du cadre légal et la convocation des scrutins au troisième trimestre et enfin la tenue des élections provinciales, législatives et présidentielle au quatrième trimestre de l’année en cours.

Le G7 et les autres partis d’opposition, notamment l’Union pour la nation congolaise, ne se sentent donc pas concernés par la facilitation d’Edem Kodjo. Une position intransigeante qui exaspère l’opposant Steve Mbikayi, leader de la plateforme Nouvelle classe politique et sociale/Opposition nationaliste.

« Comment continuer à refuser de dialoguer alors qu’il est aujourd’hui impossible d’organiser les élections dans les délais constitutionnels, soit avant fin 2016 ? » s’interroge-t-il. « Même si nous avons souhaité que le dialogue se tienne exclusivement entre Congolais comme à l’époque de la Conférence nationale indépendante (CNS), l’arrivée d’Edem Kodjo, Africain francophone de surcroît, devait rassurer ceux qui exigeaient la présence d’un facilitateur international », espère le président du Parti travailliste.

Steve Mbikayi estime toutefois que la solution à la crise politique en RDC ne viendra ni de l’UA ni de l’ONU, mais des Congolais eux-mêmes. « Mais si certains refusent de venir, c’est de leur droit », martèle-t-il, soulignant que sa plateforme, elle, a déjà concocté un schéma de sortie de crise consacrant une transition politique. Avec Joseph Kabila à la tête du pays et un « gouvernement paritaire » dirigé par un membre de l’opposition. « Tous les animateurs de la période transitoire ne seront pas éligibles aux élections à venir », conclut-il. Une idée qui pourrait intéresser certains défenseurs du prolongement du mandat du chef de l’État.

 

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