Politique

Burkina : « gros cafouillage » des forces de sécurité lors de l’attentat de Ouagadougou

| Par Jeune Afrique avec AFP
Mis à jour le 18 janvier 2016 à 16h55
Un policier patrouille vendredi soir juste après l'attaque du Cappuccino.

Un policier patrouille vendredi soir juste après l'attaque du Cappuccino. © AP / Sipa

Renseignements mal exploités, problèmes de coordination, équipement insuffisant… Deux jours après l’attaque terroriste inédite à Ouagadougou, certaines sources sécuritaires n’hésitent pas à parler de « gros cafouillage » pour décrire la réaction des forces de sécurité burkinabè, en pleine phase de reconstruction depuis la chute de l’ex-président, Blaise Compaoré.

Les forces de sécurité ont mis plus de deux heures, vendredi soir, à arriver sur les lieux de l’attaque qui a fait 29 morts dans le centre-ville de la capitale burkinabè, à distance du café-restaurant Cappuccino et de l’hôtel Splendid, pris d’assaut par les jihadistes.

D’après des témoins, les premiers arrivés sur place – certains par conscience professionnelle, sans y avoir été envoyés par leur hiérarchie – étaient très mal équipés. « Les policiers avaient des vieilleries, mais on aurait dit que les armes des jihadistes sortaient de la boîte. Ça brillait. Ils avaient des doubles chargeurs », souligne Lucien Trabi, un survivant blessé d’une balle dans l’épaule.

« Gros problème de coordination »

« Nos hommes avaient envie d’en découdre. Nous avons été formés pour cela », affirme une source au sein de la gendarmerie. « On avait un problème de matériel : pas d’appareils de vision nocturne, pas de boucliers balistiques, pas de matériel d’effraction » pour ouvrir les portes.

Faute de matériel, les gendarmes d’élite burkinabè ont attendu l’arrivée des forces spéciales françaises basées en banlieue de Ouagadougou dans le cadre de l’opération Barkhane, selon une autre source. Une partie de ces forces spéciales étaient au Mali et il a fallu les attendre. Finalement, l’assaut sur l’hôtel Splendid a débuté vers 01H00 du matin. Mais les jihadistes avaient déjà quitté les lieux, piégeant derrière eux, certaines portes avec des grenades, ce qui explique pourquoi la sécurisation de l’hôtel a pris plusieurs heures.

« Il y a eu un gros problème de coordination » reconnaît une source sécuritaire. »On ne savait pas qui devait faire quoi, il n’y avait pas de communication entre les différentes unités. Le ministre de l’Intérieur en personne a dû se rendre sur les lieux pour coordonner les actions ».

La dissolution du RSP « a pesé »

Armée respectée sur le continent sous l’ère Compaoré, militaire de carrière qui la choyait, l’armée burkinabè est actuellement en pleine restructuration, notamment à la suite de la dissolution du Régiment de sécurité présidentielle (RSP), l’unité qui a perpétré le putsch raté de septembre. Celle-ci a pesé à plusieurs niveaux, a laissé entendre une source politique.

Tout le service de renseignement burkinabè a été désarçonné depuis l’arrestation de Diendéré, estime une source politique

Si le RSP était une armée dans l’armée, honnie par la population pour ses excès, il constituait néanmoins une véritable force opérationnelle. Il avait son unité antiterroriste bien entraînée et bien équipée. Mais selon une source militaire, une bonne partie de cet équipement a été dispersée lors de sa dissolution.

Son chef, le général Gilbert Diendéré, emprisonné pour avoir pris la tête du putsch visant à renverser le régime de transition démocratique, était l’homme qui gérait les situations de crise mais aussi les services de renseignement. Disposant de moyens importants, il avait mis en place un réseau lui permettant de contrôler le pays et de disposer de renseignements sur les groupes jihadistes dans la sous-région.

« Tout le service de renseignement burkinabè a été désarçonné » depuis son arrestation, estime la source politique.

Création d’une agence de renseignement

La réforme des forces de sécurité est l’un des principaux chantiers du président Roch Marc kaboré, élu fin novembre et investi en décembre, le gouvernement de transition issu du soulèvement populaire d’octobre 2014 ayant, pendant un an, essentiellement expédié les affaires courantes.

Si le Burkina n’avait jamais connu une attaque d’une telle ampleur (29 morts), le pays se savait menacé : il avait subi récemment plusieurs attaques à ses frontières et les infiltrations de groupes en provenance du Mali étaient connues.

Selon une source gouvernementale, des renseignements sur l’attaque de vendredi sont remontés dans l’appareil sans qu’ils soient traités ou utilisés correctement. Il est toutefois impossible de dire qu’ils auraient permis de prévenir l’attaque. Reste que samedi, lors d’un conseil des ministres extraordinaire, le gouvernement décidait la mise en place « urgente d’une Agence nationale de renseignement ».

 

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