Diplomatie

L’Arabie saoudite nomme un nouvel ambassadeur au Maroc, sur fond de crise avec l’Iran

Le prince Moulay Rachid présentant ses condoléances au roi Salman suite au décès de son frère le roi Abdallah en janvier 2015. © AP/SIPA

La nomination par l’Arabie Saoudite d’un nouvel ambassadeur à Rabat, fin connaisseur du Maroc, consolide l’alliance entre les deux monarchies dans un contexte de guerre contre le terrorisme et de crise avec l’Iran.

Abdelaziz Mohieddine Khouja est le nouvel ambassadeur d’Arabie Saoudite à Rabat, en remplacement de Abderrahmane Mohammed Al Judai qui était en fonction depuis janvier 2014. Il a prêté serment devant le roi Salman le 11 janvier et retrouve un poste qu’il avait déjà assumé entre 1996 et 2004.

Libéral et amoureux des arts

Cet ancien ministre de la Culture, âgé de 76 ans, est considéré comme un membre de l’aile libérale du pouvoir saoudien. Il est connu pour sa fibre anti-salafiste, qui a causé son limogeage du gouvernement en novembre 2014, après qu’il a pris position contre la création d’une chaîne de télévision proche des milieux rigoristes.

Poète, amoureux des arts, il organisait dans sa résidence du km 22, route des Zaers à Rabat, des soirées littéraires à l’occasion desquelles étaient conviés des poètes de la jeune garde. « Il était très curieux de connaître les nouvelles tendances artistiques, même celles jugées subversives, et venait souvent assister à nos débats au sein de l’Union des écrivains du Maroc ainsi qu’à nos soirées poétiques à la Maison de la poésie à Casablanca », témoigne Hassan Najmi, poète et ancien président de l’Union des écrivains marocains.

L’étape Beyrouth

Ce n’est pas pour rien que le pouvoir saoudien a réaffecté Abdelaziz Khouja au Maroc. Ancien ambassadeur à Beyrouth (2004-2009), il devait jongler entre les forces pro-iraniennes et les pro-saoudiennes du pays du Cèdre. Une mission qui demande à son détenteur beaucoup de doigté et un langage diplomatique châtié. De fait, Riyadh ne met pas n’importe qui à Beyrouth, une capitale stratégique pour elle. C’est aussi le cas de Rabat, à un moment où le royaume chérifien est plus que jamais engagé aux côtés de l’Arabie saoudite dans sa guerre contre les Houthis au Yémen et dans sa coalition contre Daesh, sans oublier la récente crise avec l’Iran.

Le Maroc, allié indéfectible

Le 10 janvier, lors d’une réunion des pays de la Ligue arabe la diplomatie marocaine est montée au créneau en faisant porter au gouvernement iranien la responsabilité de la crise avec l’Arabie saoudite. Alors qu’il s’était d’abord contenté d’une position neutre et prudente au moment du déclenchement de ce bras de fer, début janvier, appelant les deux pays à la retenue, le royaume a déclaré, par la voix de sa ministre déléguée aux Affaires étrangères et à la Coopération, M’barka Bouaida, que l’Iran était seule responsable de la violation des conventions internationales en matière de protection des missions diplomatiques (en référence à l’attaque de l’ambassade saoudienne à Téhéran).

Malgré les démarches effectuées par Téhéran pour rétablir les relations diplomatiques avec Rabat, rompues en 2009 en solidarité avec le Bahreïn que l’Iran avait qualifié de « province iranienne » , le Maroc, qui pratique l’islam sunnite, a toujours été méfiant envers l’Iran chiite. Un ambassadeur iranien a bel et bien été nommé à Rabat en juin, mais le Maroc n’a pas encore désigné son représentent à Téhéran. 

Une diplomatie équilibrée

Marchant sur les pas de son père, Mohammed VI a toujours été très proche de la monarchie saoudienne qu’il sollicite en cas de besoin financier, même si ces dernières années, il semble se rapprocher davantage des Émirats arabes unis de Khalifa Ben Zayed Al Nahyane. Mais en réalité, connaissant la générosité mais aussi la capacité de nuisance les émirs du Golfe, le royaume chérifien a toujours mené une diplomatie équilibrée avec la plupart d’entre eux.

Le nouvel ambassadeur saoudien, qui devra présenter ses lettres de créances au roi du Maroc avant de commencer sa mission, sera donc la dynamo de cette lune de miel entre Rabat et Ryad. Seule dossier très sensible : celui des employées de maison marocaines en Arabie saoudite, dont les conditions de vie « inhumaines » commencent à devenir une source d’inquiétude au Maroc.

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