Politique

Tunisie : que devient Zine el-Abidine Ben Ali ?

Le couple Ben Ali, le 25 octobre 2009. © ALFRED DE MONTESQUIOU/AP/SIPA

Il y a 5 ans jour pour jour, Zine el-Abidine Ben Ali quittait la Tunisie. Réfugié depuis en Arabie saoudite, il se fait discret. Récit de sa nouvelle vie.

À 17 h50, le 14 janvier 2011, Ben Ali quittait la Tunisie en oubliant ses indispensables lunettes. Le pays tournait la page de 23 ans de régime autoritaire mais pour celui qui était encore président ce départ n’en était pas un. Il comptait mettre en sécurité sa famille à Djeddah et être de retour le lendemain. Mais il n’y a pas eu de retour. Depuis cette date, Zine el-Abidine Ben Ali est l’hôte des Saoudiens, en ayant fait intervenir la protection de son ami le prince Nayef Ben Abdelaziz, alors ministre de l’Intérieur. Un exil doré qu’il partage avec son épouse Leïla, son fils Mohamed, 11 ans,  et sa fille Halima, 22 ans. Tenu par les autorités saoudiennes à la plus grande réserve, Ben Ali n’est jamais apparu en public et ne s’est, jusqu’à présent, exprimé que par l’intermédiaire de son avocat libanais Akram Azoury et uniquement pour démentir ou se défendre d’accusations portées à son encontre.

Rédaction de ses mémoires

À 79 ans, le président déchu serait en train de rédiger ses mémoires ; sans doute plus vraisemblables que celles présentées par Leïla Ben Ali sous le titre de Ma vérité, un ouvrage paru en 2012 (Édition du moment) où elle raconte comment elle a vécu la révolution. Selon des fidèles,  l’homme qui avait fait trembler les Tunisiens met à profit sa marotte de l’informatique pour être informé en temps réel de ce qui se passe en Tunisie et serait en contact régulier via Skype avec ses familiers restés au pays. Certains hommes d’affaires ou Tunisiens résidents au royaume des Al Saoud l’ont rencontré. Ben Ali leur aurait fait part de son souhait de rentrer en Tunisie à condition de bénéficier d’un procès équitable.

Depuis 2011, divers jugements par contumace ont été émis à son encontre pour détournement de fonds publics, détention d’armes, de stupéfiants et de pièces archéologiques, torture d’officiers de l’armée et fraude immobilière. En tout, il cumule près de 25 millions d’euros d’amendes et 71 ans de prison mais a surtout était condamné à perpétuité pour complicité d’homicide volontaire dans la répression de l’insurrection populaire de janvier 2011.

À l’abri à Djeddah

Sous le coup d’un mandat d’arrêt international, à Djeddah, il est à l’abri. Les deux timides demandes d’extradition émises par la Tunisie se sont heurtées à un ferme refus des autorités saoudiennes  qui, au nom de l’hospitalité et de la miséricorde islamique, n’extrade pas les musulmans. Au vu des enjeux d’investissements et financiers entre les deux pays, l’extradition de Ben Ali, n’est plus une priorité pour la Tunisie. C’est ce que laissent entendre, en substance, des dirigeants tunisiens.

Avant son départ, les rumeurs sur son état de santé étaient allées jusqu’à le donner pour mort. Mais certaines photos fuitées sur les réseaux sociaux le montrent enjoué et en bonne santé, vêtu d’un pyjama aux côtés de son fils Mohamed, scolarisé dans l’un des plus chics établissements de Djeddah. Il est aussi apparu, bien qu’en retrait, lors d’une interview par vidéoconférence accordée par son épouse Leïla au quotidien français Le Parisien en juillet 2013.

Préoccupé par la santé de sa fille

Depuis, plus rien. Mais il n’est pas dit qu’il goûte une retraite paisible. Il serait très préoccupé par l’état de santé de Dorsaf, sa fille cadette et épouse de l’homme d’affaires Slim Chiboub, atteinte d’une grave maladie qui nécessite des soins à l’étranger et à laquelle les autorités tunisiennes refusent la restitution de son passeport confisqué depuis 2011.

Regretté par les uns, honni par une majorité, Ben Ali espère toujours pouvoir rendre son dernier souffle en terre natale.

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