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Cet article est issu du dossier «Mines : l'émergence des cadres africains»

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Mines

Uranium : Pékin, chevalier blanc du minerai jaune

L'usine du français Areva à Arlit au Niger. © AFP

Avec un programme de 27 réacteurs nucléaires, la Chine permet au secteur de ne pas déprimer. Si bien que, malgré la catastrophe de Fukushima, les experts prévoient une hausse de la demande en uranium.

Où va la filière uranium ? Certes, l’accident de Fukushima, en mars 2011, au Japon, et la fin programmée du nucléaire en Allemagne – notamment – ont fait chuter les prix du minerai de 70 dollars la livre avant la catastrophe à 50 dollars en fin d’année. Certes, le français Areva, empêtré dans le scandale du rachat d’Uramin, a décidé de suspendre ses projets en Namibie et en Centrafrique pour au moins deux ans. Certes, sa mine d’Imouraren, au Niger, l’une des plus importantes du monde, pourrait par ailleurs ne pas démarrer avant 2016…

Pénurie

Areva empêtré avec Uramin

Le secteur a eu son drame avec Fukushima, et son scandale avec Areva : en rachetant en 2007, pour 1,8 milliard d’euros, la société canadienne Uramin, propriétaire de trois sites en Afrique du Sud, en Centrafrique et en Namibie, le groupe français a fait la plus mauvaise affaire de son histoire. Surévaluées, les mines se révèlent décevantes et chères à développer. Un rapport de 2010 établissait déjà clairement qu’il s’agissait d’une « opération douteuse » et « potentiellement frauduleuse ». L’ancienne patronne, la charismatique Anne Lauvergeon, est-elle coupable ? Une nouvelle enquête devrait déterminer la chaîne des responsabilités. M.P.

Mais, à y regarder de plus près, il y a des signes encourageants. Et l’un des plus significatifs vient de Chine. Le géant asiatique prévoit la construction de 27 réacteurs nucléaires, et d’aucuns prédisent même une pénurie de combustible à moyen terme. Pour Steve Kidd, directeur général adjoint de l’Association mondiale du nucléaire, « l’impact sur l’approvisionnement se fera sentir dans cinq ans ». La production d’énergie nucléaire devrait ainsi atteindre 777,8 millions de tonnes équivalent pétrole (tep) en 2020 et plus de 1 milliard de tep en 2030. Selon le groupe pétrolier BP, « la plus grande part de la croissance de la production d’énergie nucléaire viendra de la région Asie-Pacifique ».

Patience

Avec le plus grand programme nucléaire mondial, la Chine cherche à sécuriser ses approvisionnements. Chargée de ce plan, la firme publique China Guangdong Nuclear Power Corporation (CGNPC) a ainsi finalisé en décembre, après presque un an de tractations, le rachat de Kalahari Minerals (basé et coté à Londres), pour 989 millions de dollars (près de 750 millions d’euros). La patience du groupe chinois a payé : avant Fukushima, CGNPC avait fait une proposition de 1,23 milliard de dollars… Surtout, Pékin s’offre, à travers cette acquisition, 42,5 % d’Extract Resources, une société australienne qui développe la mine d’uranium namibienne de Husab et dont l’autre actionnaire principal n’est autre que Rio Tinto, avec 14 %. Faute d’expérience dans les mines (il est davantage un producteur d’énergie), il est fort probable que CGNPC désigne Rio Tinto comme opérateur.

Extract Resources a peut-être eu de la chance en voyant arriver les Chinois. Ces derniers pourraient bien être, en cette période d’incertitude, les seuls à vouloir encore investir sur le long terme. Jonathan Leslie, patron de la société australienne, ne cachait d’ailleurs pas son pessimisme au lendemain de la catastrophe japonaise : « Les nouveaux projets auront du mal à trouver des financements », disait-il. C’était compter sans l’empire du Milieu.

 

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