Économie

L’argent des Africains : Sylvain, cadre dans un cabinet de conseil au Rwanda – 607 euros par mois

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Sylvain est manager dans une entreprise à Kigali, la capitale rwandaise.

Sylvain est manager dans une entreprise à Kigali, la capitale rwandaise. © DR

Sylvain, 40 ans, est manager dans une entreprise de conseil à Kigali. Avec les travaux de comptabilité qu’il fait à côté, il gagne 500 000 francs rwandais (RWF) par mois, soit 607 euros. Pour notre série, il a accepté de nous ouvrir son portefeuille.

Sylvain a dû quitter le Burundi où il travaillait depuis deux ans en tant que consultant à cause de la crise. Il est retourné courant 2015 à Kigali où est installée sa famille, sa femme et ses 4 enfants. Son fils aîné a 7 ans, la petite dernière, Noëlle, est née il y a dix jours à peine.

Depuis le mois de mai, il travaille comme manager dans une entreprise de conseil aux investisseurs locaux et étrangers. Il gagne 400 000 RWF, soit 487 euros. Comptable de formation, il aide régulièrement d’autres entreprises pour des « petits travaux »  de comptabilité. Une activité qui peu grossir selon les mois et lui permet d’arrondir son salaire mensuel à 500 000 francs rwandais par mois, soit 607 euros. Cela représente plus de quatre fois le salaire moyen, de quoi faire vivre plutôt confortablement sa famille même si Sylvain estime que son niveau de vie est celui d’une « famille modeste ».

Alimentation et loyer : 50% du budget

Le plus gros des dépenses de Sylvain est consacré à l’alimentation. Avec 182 euros par mois, cela pèse près d’un tiers du budget. « On achète beaucoup de choses au marché », explique Sylvain, comme « du riz, de la viande, des haricots, du manioc ou des pommes de terre ».

Sa famille habite dans le quartier de Gasabo, en périphérie de Kigali, à deux pas de la présidence, « le quartier le plus sûr » de la ville avec « toutes les infrastructures nécessaires », commente Sylvain. « La maison est belle », ajoute-t-il avec 5 chambres et un salon qu’il loue pour 146 euros par mois. Il espère pouvoir bientôt construire la sienne, l’année prochaine peut-être. L’école privée où sont scolarisés les deux aînés est à 600 mètres de chez eux. Cela lui-coûte près de 60 euros par trimestre.

Épargne : 120 euros

Lui-même travaille beaucoup. « J’aime mon travail, je ne compte pas les heures », confie-t-il. Il se lève chaque matin à 5h et travaille généralement de 8h jusque 20h, parfois jusqu’à 22h voire même jusqu’à une heure du matin. Pour se rendre au centre-ville, il utilise les transports en commun. Ses deux allers-retours journaliers, pour rentrer chez lui déjeuner le midi, lui coûte 1 euro par jour. De retour du travail, des dossiers dont il doit gérer la comptabilité pour le compte d’autres entreprises l’attendent sur son bureau.

Sa femme, ingénieur agronome, ne travaille plus, du moins pas régulièrement. De temps en temps, ils s’offrent quelques sorties, lorsqu’un ami ou un membre de la famille est de passage, un dîner en ville pour 1000 RWF ou 2000 RWF, moins de 2 euros. Le reste des dépenses revient à l’habillement pour toute la famille ou encore à l’achat d’unités téléphoniques. Sylvain arrive ainsi à mettre de côté quasiment 120 euros par mois.

Transferts familiaux : 36 euros

Son père est mort quand il avait 8 ans. « Une mère seule et 8 enfants, on n’avait pas beaucoup d’argent », confie-t-il. Chaque mois, il envoie 36 euros pour sa mère installée à Ruhango,  au sud du Rwanda, d’où il est originaire. Parfois plus, lorsqu’il faut payer des ouvriers agricoles pour l’aider sur la parcelle familiale, par exemple. Âgée de 64 ans, sa mère a gardé des séquelles psychologiques du génocide, explique Sylvain qui lui rend régulièrement visite, n’habitant qu’à une heure de route. Là-bas, « il y a tout », commente-t-il, « l’électricité, l’eau, les toilettes, etc. »

Il avait 19 ans lors du génocide des Tutsis en avril 1994. Obligé d’interrompre sa scolarité, Sylvain a enchaîné les petits boulots, il « s’est débrouillé ». Après avoir suivi des cours du soir pendant trois ans, il part étudier en 2007 à Kampala, en Ouganda où il se spécialise en comptabilité.

Aujourd’hui, il compte parmi les 5 cadres permanents de cette entreprise d’une vingtaine d’employés créée en 2012. Et pour 2016, il « prévoi[t] beaucoup de choses » : construire une maison et gagner 1 million de RWF par mois, soit le double de ce qu’il gagne.

*Si vous souhaitez participer à notre série, écrivez nous à argentdesafricains@jeuneafrique.com

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