Économie

Afrique du Nord : le Printemps arabe redessine le marché

Les révolutions ont entraîné une redistribution des cartes économiques. Dégât collatéral : la croissance a très nettement ralenti.

Mis à jour le 3 octobre 2011 à 01:00

Coup dur pour l’Afrique du Nord. Mouvement de révolution né en Tunisie en décembre 2010 avant de se propager à l’Égypte puis à la Libye, le Printemps arabe s’est traduit sur le plan économique par une chute de la croissance dans les pays concernés. En raison du conflit armé qui s’est déclenché à l’intérieur de ses frontières, la Libye semble être la plus touchée par le ralentissement, d’autant que les exportations de pétrole se sont arrêtées pendant plusieurs semaines. Début octobre, aucun chiffrage exact ne permettait pour autant de mesurer précisément cet impact.

Le chiffre d’affaires cumulé des 150 premières entreprises d’Afrique du Nord atteint 191 milliards de dollars.

Le pire a été évité

En Tunisie et en Égypte, en revanche, la situation est plus claire. En septembre 2011, le Fonds monétaire international (FMI) a ainsi évalué à 1,2 % la croissance égyptienne pour 2011 et à 0 % celle de la Tunisie. Si ces niveaux marquent un net ralentissement par rapport à 2010 (5,1 % en Égypte et 3,1 % en Tunisie), ils prouvent aussi que le pire a sans doute été évité, les deux pays n’ayant pas sombré dans la récession et le marasme. La rapide mise en place de gouvernements après la chute des dictateurs Ben Ali et Moubarak aura semble-t-il permis d’éviter une contagion trop forte du politique vers l’économique.
Du côté des entreprises, l’année 2011 s’est logiquement traduite par un ralentissement des performances. En Égypte, le secteur de la construction, notamment, a été très touché. En Tunisie, la baisse de la consommation mais aussi la crise en Libye, pays où nombre d’entreprises tunisiennes s’étaient implantées ces dernières années, ont pénalisé l’activité. Toutefois, au début du second semestre, les choses semblaient rentrer dans l’ordre et les perspectives de croissance s’améliorer, à l’exception de certains secteurs encore fortement touchés, comme le tourisme. En Tunisie, sur les neuf premiers mois de l’année, les recettes touristiques ont baissé de 38,5 % par rapport à l’année précédente, selon les chiffres de l’Office national du tourisme tunisien.Mais le plus grand changement né du Printemps arabe reste la redistribution des cartes au sein d’économies jusqu’alors marquées par la corruption et les passe-droits accordés aux familles des présidents ou à leurs proches.
En Égypte, un véritable coup de tonnerre s’est abattu sur le monde des affaires avec l’arrestation d’Ahmed Ezz, magnat de l’acier et propriétaire, entre autres, d’Ezz Steel (11e rang régional). Il a été depuis condamné à dix ans de prison pour corruption.

Le plus grand changement né du Printemps arabe reste la redistribution des cartes au sein d’économies jusqu’alors marquées par la corruption et les passe-droits.

Retour de l’État

En Tunisie, tous les biens de la famille Ben Ali ainsi que ses participations dans des entreprises ont été saisis, et une commission a été instituée pour statuer sur leur sort. Conséquence : l’État s’est retrouvé actionnaire de facto de nombreux fleurons locaux, parmi lesquels le numéro deux des télécoms Tunisiana (dont Sakhr el-Materi, gendre de Ben Ali, avait acquis 25 % du capital fin 2010) et le numéro trois Orange (dont Marouane Mabrouk, autre gendre, possédait 51 %), la compagnie aérienne Karthago Airlines, le concessionnaire automobile Ennakl… La plupart des dirigeants d’entreprises publiques ont également été remplacés et les dirigeants historiques du syndicat patronal ont été vivement contestés.
Épargnés par la vague de contestation politique, le Maroc et l’Algérie n’ont ni l’un ni l’autre connu une grande année 2010. Dépourvu – ou presque – d’or noir, le Maroc a connu un trou d’air, avec un taux de croissance ramené à 3,7 % en 2010 et estimé à 4,6 % en 2011, contre 4,9 % en 2009. Cela en raison, pour l’essentiel, de la contagion de la crise économique en Occident, qui a affecté certains secteurs exportateurs comme le textile.
Bien que riche en pétrole, l’Algérie n’a guère fait mieux en termes de croissance économique (3,3 % en 2010, 2,9 % en 2011), les activités non pétrolières ayant une fois de plus tiré l’économie vers le haut. Les BTP, notamment, sont en plein boom, comme en témoigne la montée importante dans notre classement du groupe ETRHB Haddad (69e rang régional).

Désengagement

Au Maroc, les principales évolutions auront été la très bonne santé de l’Office chérifien des phosphates (OCP, 2e rang régional), portée par le cours du minerai, et le repositionnement statégique de l’ensemble ONA-SNI, qui a fusionné. La SNI n’est désormais plus qu’un simple holding de participations financières n’ayant pas vocation à intervenir dans la gestion des entreprises. Plusieurs opérations de désengagement ont d’ailleurs été entamées, dont la vente de 41 % du capital de Lesieur Cristal au français Sofiprotéol.