Politique

L’ex-otage français au Niger, Thierry Dol, veut poursuivre Areva

Dans une interview au quotidien français Le Parisien, l’ancien otage Thierry Dol, enlevé par Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) en 2010 a annoncé mardi qu’il comptait porter plainte contre l’État français et son employeur de l’époque Areva.

Mis à jour le 29 décembre 2015 à 10:04

Thierry Dol avec ses co-détenus et le président français François Hollande, le 30 octobre 2013. © Witt/AP/Sipa

Enlevé en septembre 2010 par Aqmi alors qu’il était ingénieur pour Areva, le Français Thierry Dol va porter plainte contre son ancien employeur pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « non-assistance à personne en danger ».

Dans une interview accordée au quotidien français Le Parisien, dans son édition du 29 décembre, il explique vouloir en savoir davantage sur les conditions de son enlèvement et de sa libération en octobre 2013 en compagnie de trois autres otages, Marc Féret, Daniel Larribe et Pierre Legrand. L’ancien ingénieur estime notamment qu’Areva et la France n’ont pas suffisamment mesuré les risques encourus à l’époque.

« Une note de l’entreprise, reçue à l’été 2010, nous incitait à davantage de prudence, preuve que la société n’ignorait pas ces risques. Mais le document se contentait de prodiguer des conseils, comme le fait de modifier nos trajets. Cette crainte pour notre sécurité m’a en partie poussé a demandé ma mutation, que j’ai obtenue en août, soit un mois avant l’enlèvement, raconte-t-il. Les derniers jours, la menace était telle que j’étais persuadé qu’Areva allait nous évacuer. Au moment de notre enlèvement, des investisseurs chinois étaient présents. Leur sécurité a-t-elle primé sur la nôtre ? Je veux que toute la lumière soit faite. »

Une rançon a-t-elle été versée ?

L’ex-employé d’Areva revient sur les conditions de sa libération, obtenue par les autorités du Niger. « Le matin de la libération, les geôliers nous ont offert le café, avant d’annoncer que nous allions revoir nos familles. Nous n’avons pas eu le temps de réaliser. Et puis il y a eu les officiels, le président, les honneurs. Sur le tarmac de Villacoublay, on me voit sourire, mais je me disais qu’ils avaient beau jeu de nous mettre en scène après nous avoir abandonnés. Je n’imaginais pas ce qui avait été fait pour nous », dit-il avant de préciser : « Aujourd’hui, j’ignore encore s’il y a eu rançon, si oui combien, les intermédiaires éventuels, les autres contreparties… J’ai besoin de savoir. C’est l’un des objectifs de la procédure que j’intente. »

Son avocat a lui déclaré sur la radio française RTL qu »il y a une nébuleuse dans la gestion de cette affaire, alors que les services secrets français savaient exactement où étaient les otages ».

À l’époque de sa libération, plusieurs médias français avaient affirmé qu’une somme de 20 millions d’euros avait été remise aux ravisseurs. Paris a toujours affirmé qu’aucune rançon n’était versée en échange de libération d’otages. Mais selon une enquête du New York Times publiée en août 2014, ce sont près de 58 millions de dollars qui auraient été versés, par la France, à Al-Qaïda ou des groupes affiliés, entre 2008 et 2014. Pour les seuls cas de Thierry Dol, Daniel Larribe, Pierre Legrand et Marc Féret, le quotidien américain avance la somme de 40 millions de dollars.