Sécurité

Burundi : les pays de la région enverront-ils des troupes ?

Des troupes sud-africaines déployées dans l'est de la RDC pour composer la brigade d'intervention de la Monusco. © Monusco

Le 17 décembre, l'Union africaine a voté le principe de l'envoi de la Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), composée de 5 000 hommes. Mais quel pays dans la région est-il prêt à envoyer des soldats sur le sol burundais ? Décryptage.

Bujumbura a déjà annoncé que toutes les troupes africaines qui seront déployées sur son sol sans son aval seront considérées comme une « force d’invasion ». Une opposition claire au principe voté le 17 décembre à Addis-Abeba d’envoyer la Mission africaine de prévention et de protection au Burundi (Maprobu), pour une période initiale de six mois, renouvelable.

Mais du côté de l’Union africaine (UA), l’on maintient la pression sur les autorités burundaises, notamment pour faire avancer les négociations qui ont repris en Ouganda. « L’UA est en contact permanent avec les chefs d’état est-africains pour les amener à faire pression sur Pierre Nkurunziza, afin qu’il accepte d’aller aux négociations, mais aussi pour qu’il change d’avis par rapport à la mission de paix africaine au Burundi », a indiqué à l’AFP une source au sein de l’organisation panafricaine.

Deux options avant toute décision

Si Bujumbura persiste dans son refus, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’UA menace de passer en force, « [déterminé] à prendre toutes les mesures appropriées contre toutes parties ou acteurs, quel qu’ils soient, qui empêcheraient la mise en œuvre » de la Maprobu.

Décodage : si les autorités burundaises continuent à refuser le déploiement de la force africaine sur son sol, l’UA devra se passer de l’aval de Bujumbura et envoyer des soldats de paix au Burundi. Une deuxième option qui n’a jamais été appliquée dans l’histoire de l’Union africaine et qui reste difficile à mettre en oeuvre aujourd’hui. D’autant qu’« il faudra, dans ce cas, l’accord des deux-tiers des chefs d’État africains », rappelle un diplomate africain basé à Addis-Abeba.

L’EASF est-elle prête à intervenir ?

Sur le papier, l’UA a déjà chargé la Force est-africaine en attente (EASF), composante régionale de la Force africaine en attente (FAA), d’apprêter les troupes pour un éventuel déploiement au Burundi.

Créée en 2004, l’EASF regroupe 10 pays contributeurs de troupes : le Burundi, les Comores, Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda, les Seychelles, la Somalie, le Soudan et l’Ouganda. Des experts de sécurité de l’UA la considèrent comme « l’une des forces les plus intégrées et multidimensionnelles sur le continent ». Même si, à ce jour, elle n’a jamais été envoyée dans un pays de la région pour une quelconque mission.

Est-elle prête à se déployer au Burundi ? Rien n’est moins sûr. D’autant que plusieurs États membres de l’EASF ne se sont pas encore prononcés et disent attendre la fin des négociations entre l’UA et Bujumbura.

Seul le Rwanda a indiqué clairement qu’il n’enverra pas les troupes sur le sol burundais, les relations tendues entre les deux voisins n’étant pas étrangères à cette décision. Kigali pourra toutefois contribuer d’une autre manière à la mission de paix.

Le Kenya continue lui à jouer la carte de la diplomatie et dit « [attendre] avec impatience le début rapide du processus de dialogue inter-burundais » en Ouganda.

Même son de cloche en Tanzanie qui accueille plus de 100 000 Burundais à Nyarugusu, le troisième plus grand camp de réfugiés dans le monde. « Nous ne sommes pas favorables au déploiement des troupes » au Burundi, a indiqué le 20 décembre Dr Augustine Mahiga, chef de la diplomatie tanzanienne.

Une position que la présidence burundaise, à travers l’un de ses porte-paroles, s’est empressée de partager sur les réseaux sociaux.

La présidence tanzanienne a souligné dans un communiqué que la question de la mission de paix africaine au Burundi serait un élément clé des négociations en Ouganda.

Du côté de la RDC, touchée également par l’afflux des réfugiés sur son sol, aucune option n’a été prise. En tout cas, pour l’instant.

« Nous suivons de près ce qui se passe au Burundi et nous en sommes préoccupés. Mais nous n’avons pas encore été saisis sur la question par l’UA », confie Bernabé Kikaya Bin Karubi, conseiller diplomatique du chef de l’État congolais.

À l’en croire, au moment opportun, « le gouvernement examinera tous les contours de la situation avant de décider d’envoyer, ou pas, des troupes au Burundi. »

Aucun pays de la région n’a donc l’intention de jouer les leaders pour voler au secours du Burundi et chacun espère que la menace d’intervention suffira pour forcer Nkurunziza à négocier, sans qu’il soit nécessaire de passer des intentions aux actes.

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