Politique

RDC : à quoi servent les drones de la Monusco ?

Par - à Kinshasa
Mis à jour le 16 décembre 2015 à 16:45

Un drone de la Monusco à Goma (image d’illustration). © Alain Wandimoyi/AP/SIPA

Un drone de la Monusco s’est à nouveau écrasé ce mercredi matin dans le nord-est de la RDC, portant à trois le ombre de crashs. Alors que l’ONU vient d’annoncer l’envoi de drones au Soudan du Sud, le bilan de l’efficacité de ces engins en RDC est plutôt mitigé.

Le drone est irrécupérable. Mercredi à l’aube, un aéronef sans pilote de la Mission de l’ONU en République démocratique du Congo (Monusco) s’est écrasé près de Bunia, dans le nord-est du pays. L’appareil de reconnaissance sans pilote est tombé « à 3 kilomètres après la piste d’atterrissage », a précisé le lieutenant-colonel Martin Amouzoun, porte-parole militaire de la Monusco, lors de la conférence hebdomadaire de l’ONU.

« Nos troupes sont allées sur le terrain et les investigations sont en cours » pour déterminer l’origine du crash, a-t-il ajouté. L’incident, qui s’est produit dans une zone inhabitée, n’a pas fait de mort ou de blessé. Mais selon des photos prises par l’armée congolaise peu après l’incident, et que Jeune Afrique a pu consulter, il n’y a pas rien à sauver : on découvre un appareil disloqué, plusieurs pièces calcinées, certaines encore fumantes.

Des drones depuis 2013

C’est le troisième crash d’un drone de la Monusco : le premier s’est déroulé en janvier 2014 et le second en octobre de la même année, sans faire de victime. Ces appareils sont officiellement entrés en action début décembre 2013 à Goma, capitale de l’instable province du Nord-Kivu, lors d’un vol inaugural historique : jamais auparavant une force de maintien de la paix de l’ONU n’avait recouru à l’usage de tels engins.

Les drones doivent principalement mener des vols de reconnaissance pour renforcer la prise de renseignement des Casques bleus sur les nombreux groupes armés de l’Est. Après les trois accidents, il reste encore des drones en état de vol, mais impossible d’en dévoiler le nombre pour des raisons opérationnelles, confie Félix Basse, porte-parole civil de la Monusco qui s’exprimait auparavant sur les questions militaires.

Trop bruyant pour du renseignement furtif

Interrogé sur la plus-value des drones, un haut-responsable militaire congolais se montre très critique. Cet appareil ne « répondait pas aux critères de renseignement furtif », car il était trop bruyant, et « aucune image n’était partagée avec les autorités congolaises ». En outre, « Le trafic d’armes n’a pas stoppé, le trafic de ressources naturelles (minerais, bois…) n’a pas été dissuadé ».

Félix Basse juge pour sa part que les drones offrent un « apport significatif » à la Monusco, puisqu’ils lui permettent d’avoir une « liberté d’action et de prendre des décisions à temps ».

Réussites militaire et humanitaire

Il en veut notamment pour preuve deux événements qui se sont produits fin novembre. Sur le plan humanitaire, il raconte qu’un drone a permis de repérer rapidement une embarcation qui avait fait naufrage sur le lac Kivu, ce qui a facilité l’arrivée des secours et aidé la Monusco à « sauver une dizaine de vies humaines ».

Quant au volet militaire, il revient sur les attaques simultanées meurtrières menées dans la région d’Eringeti, au Nord-Kivu, par de présumés rebelles ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF). « Les drones nous ont permis de suivre ce groupe, de le repérer, d’identifier une zone bien précise, ce qui nous a permis d’engager la riposte dès le lendemain : nos hélicoptères d’attaque ont pu entrer en action pour engager ce groupe. »