Société

L’argent des Africains : Yannick, agent de sécurité en Afrique du Sud – 198 euros par mois

Par - à Johannesburg
Mis à jour le 16 décembre 2015 à 18:04

Yannick est responsable de la sécurité dans un supermarché à Johannesburg (photo d’illustration). © Frédéric Bisson / Flickr / CC

Yannick a 32 ans, il est superviseur et agent de sécurité dans un supermarché de Johannesburg en Afrique du Sud, une fonction qui lui permet de gagner 3300 rands par mois ( soit 198 euros). Pour ce nouvel épisode de l’argent des Africains, il nous ouvre son portefeuille.

« C’est la première fois de ma vie que je ne dépends plus de mes parents et que je suis autonome ». Né à Kinshasa en RDC, Yannick, qui a débarqué seul à Johannesburg il a trois ans, se dit enfin émancipé. Cela fait un an et demi que le jeune homme est superviseur et agent de sécurité dans une grande surface de la ville, lui qui rêvait d’être ingénieur en électricité : « Avant l’Afrique du Sud, j’étais au Zimbabwe avec mes parents qui y vivent toujours, j’ai vécu neuf ans là bas avec mes quatre frères et sœurs. J’ai fait un an d’études à l’université mais j’ai dû arrêter lorsque mon père est tombé malade, on ne pouvait plus assurer mes frais de scolarité ».

Pendant toutes ces années passées à Harare la capitale du Zimbabwe, Yannick, l’aîné de la fratrie, ne travaillait pas, les opportunités professionnelles étant inexistantes, il était alors soutenu financièrement par sa famille, une situation qui ne pouvait plus durer : « Je suis un homme et je dois me débrouiller par moi-même. Tout le monde va en Afrique du Sud pour faire des affaires, je connaissais des Congolais installés là-bas, j’ai donc décidé de tenter ma chance ». Arrivé avec 300 US dollars en poche (offerts par sa mère), Yannick a vécu de petits boulots avant d’être agent de sécurité, un poste qui n’est pas de tout repos.

Salaire mensuel : 198 euros

Son réveil sonne chaque matin à 6h30, le magasin ouvrant ses portes à 8h, les employés sont priés d’être sur place un quart d’heure avant. Yannick loue une chambre dans une maison communautaire qui lui coûte 108 euros par mois (électricité et eau comprises). Pour se rapprocher de son lieu de travail et ne plus payer de taxi, il a déménagé il y a plusieurs semaine. Il peut depuis se rendre sur son lieu de travail en un quart d’heure de marche.

En tant que superviseur de la sécurité, Yannick est le premier arrivé sur place. Il distribue les talkies-walkies à ses collègues et commence l’inspection des alentours. Au programme de Yannick figure la vérification du bon fonctionnement des distributeurs d’argent (souvent trafiqués pendant la nuit) mais il se doit aussi de chasser les personnes avachies, et souvent fortement alcoolisées, de l’entrée du magasin. « C’est un travail très dur que je n’aime pas du tout, nous sommes tout le temps debout et  je suis épuisé car j’ai des horaires impossibles », explique celui dont les journées commencent à 8h00 et se terminent à 21h30, avec une heure et quart de pause déjeuner.

Avec son physique longiligne et son grand sourire, Yannick ne passe pas inaperçu dans son uniforme bleu. Souvent haut perché sur un escabeau, sa casquette vissée sur le crâne et la matraque bien en place, il surplombe l’espace et semble à l’affût du moindre incident.

Employé par une compagnie privée dirigée par un Congolais, tout le personnel de sécurité est originaire de la RDC et la plupart sont payés au noir, comme Yannick, qui n’a pas de compte en banque sud-africain. Yannick s’estime sous-payé dans ce pays où il n’existe pas de salaire minimum officiel, même si l’on estime les plus basses rémunérations à environ 120 euros mensuels.

S’installer seul dans un pays étranger n’a pas été chose facile et pour Yannick, c’était surtout la peur des attaques xénophobes qui le préoccupait, « on nous traite mal et nous méprise car on travaille dans la sécurité mais si vous êtes étranger, il y a aussi le racisme », rappelle celui qui s’est déjà entendu dire : « retourne au Congo ». Heureusement l’ambiance est très bonne entre collègues et parfois « on s’entraide si quelqu’un a un problème d’argent ».

Nourriture, loisirs et Église : environ 80 euros par mois

Pour se nourrir, Yannick dépense en moyenne 40 euros par mois : « J’achète très peu d’aliments car je ne cuisine jamais, quand je rentre tard du boulot, je suis trop fatigué pour me préparer un repas, je mange essentiellement du pain du fromage et des spaghettis ».

C’est le samedi soir qu’il dépense le plus d’argent, quand il retrouve ses proches dans les bars : « Quand j’exagère, je peux consommer pour plus de 10 euros en bière ». Yannick ne peut pas se permettre d’envoyer de l’argent à sa famille car il n’a pas les moyens, ses parents l’aident de temps en temps pour qu’il puisse s’acheter des vêtements. Aussi, ses horaires sont tellement décalés qu’il n’a plus le temps ni l’énergie de se rendre à l’église, profitant de son seul jour de congé pour dormir, mais quand il s’y rend, il reverse 1 euro à sa paroisse.

Imprévus transports et économies : 10 euros par mois

Sollicité par un travail très prenant, Yannick n’a pas beaucoup de temps libre et avoue ne pas bien connaître Johannesburg, il se déplace très rarement en taxi collectif, dont les trajets en ville coûtent en moyenne 0,50 euros. Yannick ne compte pas rester en Afrique du Sud, il veut retourner au Zimbabwe et ouvrir avec son petit frère un magasin d’ordinateurs d’occasion. Pour ce faire, il met 5 euros de côté par mois depuis un an, ce qui lui fait 60 euros d’économies, une « petite somme » comme il dit, mais « un début quand de même », pour celui dont le plus grand rêve est de se marier et d’avoir des enfants.

*Taux de conversion établi à 1 euro = 16, 56 ZAR au 14 décembre 2015

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