Justice

Ghazi Mrabet : « La réforme de la loi 52 sur le cannabis est une priorité pour la jeunesse tunisienne »

L'avocat Ghazi Mrabet. © Ons Abid pour J.A.

La condamnation à de la prison de trois jeunes artistes pour usage de stupéfiants émeut la jeunesse tunisienne, qui soupçonne un abus policier d'être à l'origine de l'affaire. Pour l'avocat Ghazi Mrabet, la seule issue est de demander une grâce présidentielle. Et de réitérer l'urgence de l'annulation de la loi 52 pénalisant la consommation du cannabis, jugée obsolète.

Soupçonnés d’activités terroristes, Fakhri El-Ghezal, Atef Maatallah et Ala Eddine Slim, trois figures phares de la nouvelle génération artistique tunisienne, ont été arrêtés le 19 novembre et condamnés à un an de prison et 1000 dinars d’amende pour consommation de cannabis. Cette sentence a provoqué une indignation générale et une forte mobilisation en Tunisie. Ghazi Mrabet, avocat qui milite pour l’abrogation de la loi 52 qui pénalise la consommation de drogue, revient sur une affaire qui émeut la jeunesse tunisienne. Interview.

Jeune Afrique  : Dans quelles conditions cette affaire a été déclenchée?

Ghazi Mrabet  : Fakhri El-Ghezal et Atef Maatallah passaient tranquillement la journée chez Ala Eddine Slim et son épouse à Nabeul quand 15 policiers, appartenant à trois brigades différentes, ont fait irruption en croyant démanteler une cellule terroriste. À la faveur de cette perquisition, ils ont trouvé du cannabis et mis aussitôt ces trois artistes aux arrêts. L’affaire indigne d’autant plus qu’elle est la énième du genre, comme si l’on voulait s’acharner sur des jeunes en faisant appliquer des lois obsolètes comme la loi 52 [La loi de 1992 élaborée par l’ancien président Ben Ali pour combattre la dissidence des jeunes NDLR]. Dans d’autres affaires, certains ont été arrêtés pour possession de papier à rouler. C’est dire tout le zèle mis à réprimer l’usage de la zatla (cannabis) alors que les menaces sur le pays sont d’un autre ordre.

Il était question d’une réforme de cette loi 52. Qu’en est-il  ?

En dépit de toutes les promesses formulées durant la campagne électorale de 2014, la situation est bloquée. En octobre 2015, le ministre de la Justice, Mohamed Salah Ben Aïssa, devait présenter un nouveau projet de loi pour adoption par le conseil des ministres mais il a été limogé deux jours avant. Depuis, il n’a pas été remplacé et la question ne semble pas figurer dans les priorités du gouvernement alors qu’elle l’est pour la jeunesse.

Il semble que les dirigeants actuels ne jugent pas utile de désengorger les prisons

Quel est le contenu de cette réforme  ?

Actuellement, les condamnations vont de 1 à 5 ans. Il était question de les ramener de 16 jours à un an d’emprisonnement et de prévoir pour les primo-délinquants des amendes plutôt que des peines. Il s’agissait également d’établir un cadre pour la prévention ainsi que la mise en place de centres de désintoxication. Le blocage est tel que l’on peut se demander à quel lobby profite cette situation, d’autant que les conditions carcérales participent à la création de la délinquance.

Y a-t-il des chances de voir libérés rapidement ces artistes condamnés ?

On travaille à obtenir une grâce présidentielle pour ce 14 janvier, en commémoration de la révolution tunisienne de 2011. C’est la seule issue pour pour les libérer. Bien que l’un des condamnés soit atteint de la maladie de Crohn, cela n’a pas empêché sa condamnation. Les dirigeants actuels ne prennent plus en considération le 17 décembre, date du déclenchement des événements de 2011, pour libérer des détenus à la faveur d’une amnistie comme l’avait établi l’ancien président Moncef Marzouki. Il semble qu’ils ne jugent pas utile de désengorger les prisons. Ils font preuve d’un laxisme et d’un immobilisme sans précédent mais risquent de faire désespérer à jamais une grande partie de notre jeunesse qui a pourtant rêvé d’un véritable changement depuis janvier 2011.

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Fermer

Je me connecte