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Maroc : trois ans après la mort de cheikh Yassine, Adl Wal Ihssane « toujours pas prête à jouer le jeu du pouvoir »

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Le porte-parole de l'organisation "Al Adl Wal Ihssane", Fathallah Arsalan, en compagnie de Mohamed Abbadi, leader de la Jamaâ.

Le porte-parole de l'organisation "Al Adl Wal Ihssane", Fathallah Arsalan, en compagnie de Mohamed Abbadi, leader de la Jamaâ. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

L’organisation « Justice et spiritualité » (Al Adl Wal Ihssane) commémore la troisième année du décès de son guide spirituel cheikh Yassine ce dimanche 13 décembre. Inflexible sur ses positions envers la monarchie et la participation politique, elle revendique toujours son rôle de principale force de mobilisation.

Le 13 décembre marquera la troisième année du décès du fondateur du mouvement Justice et Spiritualité (Al Adl Wal Ihassen, interdite mais tolérée). Si « les frères » marocains ont pu résister au choc de la disparition de leur guide historique, ils n’ont pas pour autant évolué dans leur relation avec le pouvoir qu’ils accusent toujours d’être anti-démocratique, bloquant ainsi toute possibilité d’intégration dans le jeu politique marocain. Interview de Fathallah Arsalan, porte-parole de la Jamaâ. 

Jeune Afrique : Qu’est ce qui a changé dans la Jamaâ depuis le décès de Cheikh Yassine ?

Fathallah Arsalan : Nous sommes toujours fidèles à nos principes et à la règle des « 3 non » : non, à la violence ; non, à la clandestinité et non, à toute instrumentalisation politique. En clair, nous n’appelons pas à la violence. Nous n’avons pas d’activités clandestines et nous conservons notre indépendance vis-à-vis de tout service ou organisation étrangère, contrairement à d’autres organisations islamistes dans le monde arabe qui sont à la solde de l’Iran ou de l’Arabie saoudite. Pour le reste, tout est sujet à discussion dans notre organisation.

Pourtant, vous êtes toujours en marge du jeu politique marocain. Vous continuez à appeler au boycott des élections. Avez-vous changé de position ?

Non, notre position n’a pas changé. L’État n’accepte toujours pas de nous accorder le statut de parti politique que nous avons demandé en 1981 déjà. Normalement, les élections doivent aboutir à une majorité qui a le pouvoir d’appliquer son programme. Au Maroc, cela n’est pas possible. Tout le monde sait que c’est l’entourage royal qui gouverne réellement. Le gouvernement n’est qu’une vitrine et dispose de très peu de marges de manœuvre. Il est absurde de participer aux élections dans un contexte pareil.

À quoi sert la transformation de votre organisation en parti politique alors ?

Légalement, c’est notre droit le plus absolu. Mais effectivement, nous n’en voyons pas l’utilité actuellement puisque le pouvoir fixe les règles du jeu aux partis politiques et les soumet à des lignes rouges.

Nous défendons la séparation des pouvoirs, la démocratie et les droits de l’homme. Tant que ces principes-là ne sont pas respectés, nous ne voyons pas l’utilité d’intégrer le jeu politique

Votre position drastiquement anti-monarchique n’a non plus pas changé…

Nous n’avons pas de conflit de personnes, mais avec la mentalité du Makhzen, ce système que nous considérons archaïque et despotique. Nous défendons la séparation des pouvoirs, la démocratie et les droits de l’homme. Tant que ces principes-là ne sont pas respectés, nous ne voyons pas l’utilité d’intégrer le jeu politique.

Êtes-vous toujours aussi inflexible sur la commanderie de croyants ?

La commanderie des croyants n’est pas une affaire politique. Pour nous, elle n’est pas conforme à la loi islamique. C’est une opinion que nous nourrissons sans violence et avec respect.

Le pouvoir pratique un jeu malsain avec les partis politiques

Comment évaluez-vous l’état actuel du Maroc?

En 2011 dans le sillage des révolutions arabes, nous avions cru que la situation allait évoluer dans le bon sens, mais il semble que la logique « makhzanienne » continue de prévaloir. Le pouvoir pratique un jeu malsain avec les partis politiques. Il décrédibilise ceux qui avaient une certaine authenticité et en crée d’autres à qui il déroule le tapis rouge du gouvernement pour lui servir de caisse de résonance.

Qui sont ces partis politiques décrédibilisés par le pouvoir ? Faites-vous allusion au Parti justice et développement (PJD) ?

Pas seulement. Il y a le PJD bien sûr, mais aussi l’Union socialiste des forces populaires (USFP) qui a été vidée de son sens. Pour qu’un parti puisse gouverner au Maroc, il faut qu’il accepte les conditions imposées par l’État.

Vous avez des liens étroits avec le PJD. Comment jugez-vous son action à la tête du gouvernement ?

Nous n’avons aucun problème avec le PJD. Nos relations sont bonnes et même amicales. Certes, c’est lui qui préside le gouvernement mais il ne peut pas être responsable avec une majorité hétérogène qui comprend d’autres sensibilités politiques et des ministres technocrates. Là où nous ne sommes pas d’accord avec lui, c’est qu’il a accepté d’intégrer un gouvernement qui n’a réellement aucun pouvoir de décision.

Quelles garanties pouvez-vous présenter au pouvoir marocain pour normaliser vos relations avec lui ?

Tout le monde sait que nous ne sommes pas contre la violence et les coups d’État. Plus que cela, notre force de mobilisation est connue et reconnue. Les manifestations auxquelles nous participons sont très bien encadrées. Que pouvons-nous apporter de plus comme garanties ? Si le sens de votre question est de savoir si nous sommes prêts à jouer le jeu du pouvoir, notre réponse est non.

Le cercle politique est actuellement constitué à 30% de femmes

Pourtant depuis le décès du cheikh Yassine, on n’entend plus parler de vous…

Cette idée est complètement fausse. Nous continuons à investir la rue marocaine lorsque nous l’estimons nécessaire. N’oubliez pas que nous sommes assiégés par les autorités qui nous empêchent d’organiser librement nos rassemblements. Par contre, nous ne sommes plus dans la logique des marches gigantesques qu’a connues le Maroc avant. Les protestations actuelles sont beaucoup plus réduites. Elles se passent au niveau local ou dans certaines universités.

Qu’est ce qui a changé dans la structure interne de la Jamaâ depuis l’arrivée de votre nouveau guide Mohamed Abbadi ?

Nous continuons à nous adapter à l’évolution de la société. Nous avons gardé les mêmes structures politiques en nous ouvrant sur les jeunes et les femmes. Par exemple, le cercle politique est actuellement constitué à 30% de femmes.

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