Société

RDC : recrudescence des violations des droits de l’homme commises par les autorités, selon l’ONU

Les forces de défense et de sécurité, l’administration et la justice épinglés. L’ONU a publié ce mardi un rapport affirmant que la police et les autorités politico-administratives et judiciaires comptent parmi les principaux auteurs de graves violations des droits de l’Homme commises à l’approche des élections en RDC.

Par - à Kinshasa
Mis à jour le 8 décembre 2015 à 15:36

Manifestation à Kinshasa contre une modification de la Constitution, en janvier 2015. © John Bompengo/AP/SIPA

Entre le 1er janvier et le 30 septembre, le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l’Homme (BCNUDH) a pu documenter 143 violations qui constituent le cœur du rapport publié mardi 8 décembre. Ce dernier n’est pas « exhaustif » car uniquement axé sur les cas « vérifiés » explique l’ONU, qui regrette de nombreuses entraves des autorités au cours de ses recherches.

Sur les 143 violations, 68 sont imputées à la police, 42 à divers autorités de l’État, « telles que des gouverneurs, des maires, ou des magistrats », 24 à l’Agence nationale de renseignement et 9 à l’armée. Le BCNUDH a recensé des victimes d’exécutions extrajudiciaires, d’arrestations et détentions arbitraires, de menaces ou encore d’intimidation et, selon lui, la majorité des violations ont tendance à se concentrer dans les provinces où l’opposition et la société civile sont les plus actives, comme Kinshasa, et à l’est, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.

Moyen récurrent d’intimidation

« Les arrestations et détentions arbitraires, en particulier d’opposants politiques, de membres de la société civile ou de manifestants, constituent un moyen récurrent d’intimidation utilisé par les forces de l’ordre pour limiter les libertés d’expression et de réunion pacifique », affirme le rapport.

Dénonçant une tendance des forces sécurité à disperser uniquement – parfois dans le sang, – comme en janvier – les manifestations de l’opposition, le BCNUDH craint que le climat ne mette en péril l’organisation « d’élections crédibles dans un environnement apaisé et propice au respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

Dans une réaction datée du 2 décembre, le ministre congolais de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, accusait le BCNUDH de se faire « l’avocat de l’opposition politique, des acteurs des médias et de la société civile qu’il présente en victimes ». Il juge par ailleurs malheureux que son rapport sorte alors que le président Joseph Kabila – qui ne peut se représenter en novembre 2016, mais est accusé par l’opposition de vouloir s’accrocher au pouvoir – a convoqué un dialogue national pour tenter de calmer le jeu électoral.

Reste que, dans l’absolu, Alexis Thambwe Mwamba ne nie pas la possibilité que des membres des forces de sécurité puissent commettre « quelques dérapages ». Mais il souligne que Kinshasa lutte contre l’impunité, et en veut pour preuve que sur 26 000 détenus en RDC, 3 000 sont des militaires et 1 500 policiers.