Sécurité

Algérie : la lettre ouverte du général Toufik fait des vagues

Mohamed Mediène, dit le général Toufik, est sorti de sa réserve pour défendre son ancien bras droit le général Hassan

Mohamed Mediène, dit le général Toufik, est sorti de sa réserve pour défendre son ancien bras droit le général Hassan © DR

La scène politique algérienne n’en finit pas de commenter la lettre ouverte de l’ancien homme fort de la Direction du renseignement et de la sécurité (DRS), le général Mohamed Mediène, dit Toufik, contestant la condamnation de son ancien bras droit à 5 ans de prison ferme.

Le général Toufik a parlé ! Le grand muet des services algériens, celui qui ne s’est jamais adressé à la presse durant ses 25 ans à la tête du DRS, a jeté un pavé dans la marre, vendredi 4 décembre, en publiant une lettre ouverte dénonçant la condamnation du général Hassan à 5 ans de prison ferme pour « infractions aux consignes militaires » et « destruction de documents ». Dans ce document (en intégralité ci-dessous), l’ancien homme fort des services algériens se dit « consterné » par la décision judiciaire qui déshonore un responsable d’une grande loyauté ayant officié sous ses ordres.

Suite à cette sortie médiatique pour le moins surprenante, les réactions de la classe politique algérienne ne se sont pas fait attendre. Le 5 décembre, dans une interview au journal en ligne TSA, le ministre de la Communication Hamid Grine s’est dit « étonné qu’un ex-officier supérieur qui connaît son devoir de réserve, se laisse aller à dénoncer une décision de justice ». Pour lui, la lettre du général Toufik est « extrêmement violente ».

Condamnations et soutiens

Le lendemain de sa réaction, le ministre Grine a été rappelé à l’ordre par Khalida Toumi, l’ancienne ministre de la Culture, co-auteur de la lettre des 19 – une missive envoyée le 6 novembre au président Abdelaziz Bouteflika dans laquelle 19 personnalités algériennes demandent – jusqu’à présent sans succès – à le rencontrer pour lui faire part de leurs inquiétudes quant « aux atteintes à la souveraineté de l’État ». Selon Khalida Toumi, la lettre du général Toufik n’est pas une violation de l’obligation de réserve car elle ne donne aucune information sur l’opération menée par le général Hassan.

Un général qui défend ses éléments publiquement signifie que les institutions ne fonctionnent pas, estime Khalida Toumi

« La lettre de Toufik m’interpelle parce qu’un général qui défend ses éléments publiquement signifie que les institutions ne fonctionnent pas », a-t-elle déclaré au même journal TSA. « Si le général Toufik affirme que son ancien bras droit a accompli sa mission sous son autorité, cela veut dire que ce qui s’est passé au tribunal d’Oran [le tribunal où le général Hassan a été jugé, NDLR] est une grande cabale », a-t-elle affirmé.

D’autres politiciens algériens se sont également exprimés. Certains y ont vu la preuve d’une guerre livrée au sommet de l’État. D’autres ont minimisé l’événement, estimant que le général Toufik aurait pu donner son témoignage sur le général Hassan quand il était encore temps, c’est à dire lorsque le procès de ce dernier était en cours.

Colère et consternation

Mais dans sa lettre, le mystérieux général exprime plutôt sa colère et sa consternation à propos de la condamnation de son ancien collaborateur. « Le général Hassan était le chef d’un service érigé par le décret agissant sous l’autorité de mon département. À ce titre, il était chargé d’une mission prioritaire avec des prérogatives lui permettant de mener des opérations en relation avec les objectifs fixés. Les activités de son service étaient suivies régulièrement dans le cadre réglementaire », souligne-t-il.

Donnant sa version des faits, l’ancien numéro 1 du DRS affirme que le général Hassan n’a jamais failli à sa mission. « Il a traité ce dossier [qui lui vaut sa condamnation, NDLR] dans le respect des normes et en rendant compte aux moments opportuns. Après les résultats probants qui ont sanctionné la première phase de l’opération, je l’ai félicité – lui et ses collaborateurs – et encouragé à exploiter toutes les opportunités offertes par ce succès », écrit-il dans sa lettre. Bref, le général Hassan ne serait coupable de rien selon son ancien supérieur, même si le mystère demeure entier sur la nature du dossier qui lui a valu des poursuites.

La purge continue

Dans sa lettre, l’ancien patron du DRS demande aux autorités algériennes de réparer l’injustice commise à l’égard de son ancien collaborateur. « Au-delà des questionnements légitimes que cette affaire peut susciter, le plus urgent, aujourd’hui, est de réparer une injustice qui touche un officier qui a servi le pays avec passion, et de laver l’honneur des hommes qui, tout comme lui, se sont entièrement dévoués à la défense de l’Algérie », écrit-il.

En prenant l’opinion publique à témoin, le général Toufik poursuit sans doute plusieurs objectifs. Non seulement laver l’humiliation subie par ses anciens hommes mais peut-être aussi anticiper un mauvais coup du régime algérien à son égard. Sa lettre semble ainsi indiquer que la purge du système sécuritaire algérien n’est pas près de s’arrêter.

Déclaration intégrale du général à la retraite Mohamed Mediene

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