Vie des partis

Tunisie : l’islamisme monte en puissance dans les universités

Manifestation salafiste à l'université Manouba à Tunis en 2012

Manifestation salafiste à l'université Manouba à Tunis en 2012 © Amine Landoulsi/AP/SIPA

La filiale estudiantine du parti Ennahdha est arrivé première dans les élections des conseils scientifiques des universités tunisiennes, devançant de loin la centrale syndicale UGTT. Une nouvelle donne qui pourrait bientôt se traduire dans le champ politique.

La nouvelle est passée presque inaperçue mais elle indique un changement profond dans les rapports de force au sein des universités. L’Union générale tunisienne des étudiants (UGTE), proche du parti islamiste Ennahdha, a remporté le 15 novembre dernier 42% des sièges des conseils scientifiques des universités, soit 224 sièges sur un total de 528. Sa rivale, l’Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), filiale de la centrale syndicale UGTT qui a toujours eu la mainmise sur les campus tunisiens, n’a obtenu que 110 sièges tandis que 114 restaient vacants.

C’est la première fois que les islamistes arrivent en tête à ce scrutin annuel. Ils sont en progression par rapport à 2014 où ils n’avaient obtenu que 40,46 % des sièges. Leurs rivaux de l’UGET étaient, eux, largement en avance avec 64,9 %. Leur effondrement, une année après, est spectaculaire.

Les conseils scientifiques sont des comités qui gèrent le fonctionnement interne des universités : organisation et déroulement des études, partenariats externes, planification des besoins en ressources humaines… Renouvelés tous les ans, ils sont composées du directeur de l’université, des directeurs de départements et des représentants des étudiants élus.

« Un très mauvais signe »

La victoire de l’UGTE montre, une nouvelle fois, que la stratégie de conquête de toutes les sphères de la vie publique par les islamistes s’avère payante. « La défaite des syndicalistes de l’UGET est un très mauvais signe qui préfigure une montée en puissance des islamistes dans les universités et même en dehors », déplore un professeur de la faculté des Lettres de la Manouba qui reconnaît aux islamistes d’avoir adopté de bonnes stratégies pour s’attirer les votes.

« Nous gardons notre neutralité vis-à-vis de tout parti politique. Notre organisation n’est pas concernée par les tiraillements partisans », conteste Najmeddine Felhi, membre de l’UGTE. Pourtant, cette dernière a toujours été un appui électoral solide pour le parti dont elle est issue, Ennahdha, dont elle a toujours répercuté les consignes de vote sur les étudiants depuis la révolution de 2011.

Le changement de rapport de forces en faveur des islamistes dans les universités s’est opéré en une seule année

Le changement de rapport de forces en faveur des islamistes dans les universités s’est opéré en une seule année. Grèves répétitives et revendications dans l’enseignement ont plombé le climat social jusqu’à susciter un profond malaise à l’égard de l’UGTT et sa branche estudiantine. Et sur le plan politique, Nidaa Tounes, vainqueur des législatives de 2014, affiche de profondes dissensions internes au point d’indisposer l’opinion publique. Autant d’éléments que les islamistes de l’UGTE ont su mettre à leur profit.

Les universités, pépinières des partis politiques

La rupture avec le passé est brutale. Depuis sa création en 1952 comme émanation du parti au pouvoir, la filiale estudiantine de l’UGTT a fait la pluie et le beau temps dans les universités tunisiennes, même si elle a été traversée par des divisions internes entre destouriens et une aile plus à gauche. En 1985, elle a été confronté à l’émergence des islamistes qui ont alors créé leur propre structure universitaire.

Les résultats des élections aux conseils scientifiques des universités sont généralement perçus comme des indicateurs des tendances générales et des nouveaux équilibres politiques en Tunisie. D’autant que les campus ont toujours été une plate-forme de recrutement pour les partis politiques.

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