Société

L’argent des Africains : Francis, étudiant et vendeur ambulant à Brazzaville – 38 euros par mois

Mis à jour le 9 décembre 2015 à 18:39

Brazzaville, capitale de la République du Congo, novembre 2015.

Francis, 30 ans, combine ses études à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville et la vente de cartes téléphoniques prépayées. Une astuce qui lui permet de gagner jusqu’à 25 000 francs CFA (38 euros) certains mois. Pour ce nouveau volet de notre série, Francis raconte comment il parvient à s’en sortir et même à épargner un peu d’argent.

Chaque soir, peu avant 21 heures, Francis traîne devant Le Renouveau, l’un des bars-restaurants branchés au centre-ville de Brazzaville. « Ici, c’est mon QG », affirme-t-il, avec un brin de fierté. Depuis des heures, brandissant des cartes téléphoniques prépayées, il multiplie des allers-retours sur le trottoir en quête d’éventuels clients.

« Je me suis lancé dans cette activité pour pouvoir joindre les deux bouts, se justifie cet étudiant de 30 ans. Mes parents payent mes frais de scolarité, mais pour vivre au jour le jour, je dois me battre ». « C’est aussi une question d’indépendance », soutient-il. D’autant que c’est dans « [ses] propres économies » qu’il a puisé il y a trois mois 20 000 francs CFA (environ 30,40 euros) pour « officialiser » sa relation avec sa copine. Une « sorte de pré-dot » versée à sa future belle-famille.

Étudiant en troisième année de licence à la faculté des lettres et sciences humaines de l’Université Marien Ngouabi, Francis troque « quand [il] peut » son costume d’universitaire pour un gilet jaune de MTN qu’il enfile par-dessus son t-shirt. « Vêtu comme ça, je peux être identifié au loin », explique le vendeur ambulant, précisant par ailleurs qu’il ne travaille pas pour le groupe sud-africain de télécommunication.

Francis a en effet conclu un deal avec un hommes d’affaires local : « Je l’appelle pour commander des cartes téléphoniques prépayées, je les reçois dans les heures qui suivent, je les vends et je lui paye son dû par la suite ». Déduction faite du prix d’achat, Francis affirme gagner « certains mois » jusqu’à 25 000 francs CFA, soit 38 euros.

Se déplacer dans Brazzaville : 9 euros

Un bénéfice qui lui permet entre autres de payer ses trajets à bord des « mal à l’aise », entendez des bus de transport en commun à Brazzaville (ces derniers sont ainsi dénommés parce qu’ils sont toujours bondés et non confortables, selon les passagers).

Croyant et pratiquant, Francis ne rate jamais le rendez-vous dominical de l’« église primitive ». « Je dépense plus pour aller prier que pour me rendre à la fac », reconnaît-il. « Chaque dimanche, je peux prendre jusqu’à trois bus l’aller et deux le retour, sachant qu’un trajet revient à 500 francs CFA ».

Au total, « chaque mois, le transport engloutit près de 6 000 francs CFA de mon revenu », relève-t-il, calculette à la main.

Contribuer à sa ration alimentaire : près de 7 euros

Quatrième d’une fratrie de neuf enfants – cinq garçons et quatre filles -, Francis continue à recevoir de ses parents des provisions alimentaires. « Mais ça ne suffit pas toujours », souligne le jeune homme.

Mensuellement, il lui arrive de puiser dans ses bénéfices « au maximum 4 000 francs CFA » pour « pouvoir manger tous les jours ».

La répartition des dépenses de Francis

S’habiller et « autres besoins accessoires » : 11 euros

En revanche, Francis s’interdit de faire du shopping chaque mois. « Je n’achète de nouveaux habits que lorsque je suis en rupture de stock de vêtements présentables », avance-t-il. « Tout simplement parce que s’habiller coûte cher », ajoute-t-il.

De temps en temps, Francis s’offre également de « petits plaisirs » : aller voir un match de football du championnat local, « siroter un coca en compagnie de [ses] frères ou sœurs en Christ », … « Mais je fais toujours attention à ne pas dépasser le plafond de 7 000 francs CFA pour l’habillement et ces autres besoins accessoires », confie-t-il.

Se loger : 0 euro, mettre de côté : 11 euros

Mais pour se loger au campus de l’université, Francis ne paye rien. Pour une « cabine », entendez une petite chambre de 7 mètres carrés qu’il partage avec sept autres étudiants, il devrait pourtant payer  214 F CFA le mois chacun.

« Personne ne paye plus le loyer », précise-t-il. À l’en croire, depuis plusieurs mois, les étudiants refusent de payer les frais de logement au campus parce que « l’argent une fois versé va dans les poches des autorités universitaires ».

« Le jour où nous aurons la garantie que ce que nous payons servira à l’entretien du campus et de notre milieu de vie, nous n’hésiterons pas à payer à nouveau », promet-il.

Le jeune étudiant qui rêve d’embrasser une carrière d’enseignant à la fin de son cursus, parvient ainsi à « mettre de côté chaque mois près de 7 500 francs CFA. « En attendant le mieux, je me contente du peu », conclut-il, philosophe.

*Taux de conversion établi à 1 euro pour 657,89 francs CFA, le 9 décembre 2015.


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