Politique

Tunisie : Rafik Chelly démis du secrétariat d’État aux Affaires sécuritaires

Par - à Tunis
Mis à jour le 1 décembre 2015 à 20:20

Le limogeage de Rafik Chelly intervient une semaine après l’attentat meurtrier de Tunis © Hassene Dridi/AP/SIPA

Le chef du gouvernement tunisien, Habib Essid, a relevé de ses fonctions le secrétaire d’État aux Affaires sécuritaires, Rafik Chelly, selon un communiqué de la présidence du gouvernement publié mardi. Un limogeage en lien avec l’attentat meurtrier qui a frappé le cœur de Tunis, le 24 novembre.

Le secrétaire d’État aux Affaires sécuritaires, Rafik Chelly, a été démis de ses fonctions mardi 1er décembre, annonce un communiqué de la présidence du gouvernement tunisien. Il sera « invité à assumer d’autres fonctions », annonce le texte, sans donner de motif à ce limogeage.

Cette décision intervient une semaine après l’attentat contre un bus de la garde présidentielle à Tunis, qui a fait 12 morts et déclenché l’état d’urgence en Tunisie.

Le limogeage de Chelly tend à satisfaire une opinion publique qui réclamait des changements après l’attentat du 24 novembre, comme elle l’avait fait – sans succès – après les attaques sanglantes d’El Kantaoui, le 26 juin. Selon des sources proches du ministère de l’Intérieur, le gouvernement estime que Chelly n’a pas rempli son rôle de coordination entre les différentes forces sécuritaires. Selon les mêmes sources, Tunis s’oriente vers la dissolution dudit secrétariat d’État au profit d’un renforcement de la Direction de la sûreté nationale au sein du ministère de l’Intérieur.

Une référence sécuritaire

Ancien directeur de la sécurité du chef de l’État et des personnalités officielles sous Habib Bourguiba, Rafik Chelly avait été évincé de Carthage par l’ancien président déchu Zine el-Abidine Ben Ali, qui l’avait désigné à la tête de la police judiciaire et ensuite nommé conseiller d’ambassade en Libye et en France. Une forme d’exil qui n’a pas empêché Chelly d’être considéré comme une référence en matière de lutte contre le banditisme et le terrorisme ainsi qu’en matière de réorganisation des services.

Nejem Gharsalli, ministre de l’Intérieur, est lui aussi critiqué pour ne pas avoir réformé l’institution sécuritaire ni apuré les services des partisans islamistes recrutés entre 2012 et 2013

Comme son prédécesseur Ridha Sfar, Rafik Chelly, 71 ans, avait été choisi comme secrétaire d’État pour son expérience sécuritaire, son indépendance et sa probité. Revers de la médaille : sans le soutien d’un parti politique, sa marge de manœuvre s’est avérée réduite face à un ministère de l’Intérieur qui ne délègue aucun pouvoir. Pourtant, il avait tenté de lancer des propositions restées sans suite dont la dernière, exigeant un visa des Libyens voulant entrer en Tunisie, semble avoir déplu à certains dirigeants politiques tunisiens proches de leaders libyens comme l’islamiste Abdelhakim Belhaj.

Dans tous les cas, l’ancien secrétaire d’État ne peut vraisemblablement être tenu pour unique responsable de la déroute des services sécuritaires. Nejem Gharsalli, ministre de l’Intérieur en poste depuis début 2014, est lui aussi critiqué pour ne pas avoir réformé l’institution sécuritaire ni apuré les services des partisans islamistes recrutés entre 2012 et 2013.

Le départ de Rafik Chelly confirme l’imminence d’un remaniement ministériel que Habib Essid avait prévu après la discussion de la loi de finances 2016, en cours à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). Une occasion de pourvoir aux postes vacants tels celui de ministre de la Justice.