Économie

COP21 : lac Tchad et accès à l’électricité au cœur des préoccupations du sommet Afrique

Aux abords du lac Tchad en mars 2015. © Jérôme Delay/AP/SIPA

François Hollande a réuni mardi matin une douzaine de chefs d’État africains pour un sommet consacré aux défis immédiats du continent face au changement climatique. L’occasion de rappeler les inquiétudes de l'Afrique, et d’appeler aux financements.

Le lac Tchad fait vivre plus de 50 millions de personnes mais sa surface s’est réduite de 90% ces dernières décennies. Présenté comme l’un des trois thèmes de cette matinée de rencontres, le phénomène a occupé une grande partie des interventions des chefs d’État, réunis à l’invitation de la présidence française sur le site du Bourget où se tient depuis lundi 30 novembre le sommet mondial sur le climat.

«Nous assistons à un désastre majeur, a déploré Mahamadou Issoufou, président du Niger.  Le lac Tchad  risque de connaitre le même sort que la mer d’Aral, c’est-à-dire une disparition complète. » Comme lui, les présidents des pays frontaliers ont appelé la communauté internationale à réagir rapidement pour trouver une solution à ce phénomène connu de longue date, qui participe à la déstabilisation de la région et, en aggravant la pauvreté, favorise l’implantation de Boko Haram.

La communauté internationale ne doit pas avoir peur des chiffres mais aller vers un investissement concret

«À toutes les rencontres sur le climat depuis 20 ans ce dossier a été évoqué», a rappelé le président du Tchad  Idriss Deby.  «Et je ne pas suis sûr qu’aujourd’hui nous allons trouver des oreilles attentives ou du moins des actions concrètes. La communauté internationale ne doit pas avoir peur des chiffres mais aller vers un investissement concret », a conclu le président tchadien, salué par François Hollande pour cet appel « très clair » aux financements.

Un appui technique de la Banque mondiale 

À l’issue des prises de paroles, la Banque mondiale a annoncé un appui technique à la commission du lac Tchad pour apporter son aide à la préparation des dossiers de financements liés à la région ainsi qu’une réorientation des plans nationaux d’aides des pays frontaliers. Mais l’essentiel des annonces sont venues de la France, qui préside la COP21 et tient à un accord ambitieux sur le climat. Elle a annoncé son intention de tripler ses engagements en faveur de la lutte contre la désertification pour atteindre en 2020 une aide bilatérale de 1 milliard d’euros par an (contre environ 300 millions d’euros aujourd’hui). Des financements qui participeront à la protection du lac Tchad, mais également au développement de la « muraille verte », indique l’Elysée.

Cette initiative vise à former une bande de végétation reliant le Sénégal à l’Ethiopie pour bloquer l’avancée du désert, qui empiète sur les terres cultivables. Lancée il y a plusieurs années, elle n’a pour l’instant que très peu avancé. « Le Sénégal a réalisé 175 km de reboisement, soit 40 000 hectares, a déclaré Macky Sall, appelant à un sursaut dans ce projet de la part des autres pays. « C’est un exercice de terrain, une initiative qui contribue à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il nous faut avant de quitter Paris savoir concrètement ce que la communauté internationale va mettre pour ce projet. »

Deux milliards pour les énergies vertes

Les chefs d’État ont également plaidé pour l’accès de leur population à l’électricité. Un enjeu double : offrir les conditions du développement économique mais aussi lutter contre la déforestation. « Aujourd’hui, la forêt, mes concitoyens en ont besoin pour cuisiner », a souligné le président Ghanéen, John Dramani Mahama, rappelant que son pays est passé depuis l’indépendance de plus de 8 millions d’hectares de forêt à moins de 2 millions. Sur ce thème, le troisième de la matinée, la Banque Mondiale a annoncé 2,2 milliards de dollars supplémentaires. François Hollande a de son côté déclaré que « 6 milliards d’euros au total seront consacrés par l’AFD entre 2016 et 2020 au développement de l’électricité en Afrique, dont 2 milliards dédiés aux énergies renouvelables, soit une hausse de 50% par rapport aux cinq dernières années ».

Une conférence sur le climat ce n’est pas seulement des textes, des chiffres, mais ce sont aussi des actions concrètes

Une aide, comme l’a souligné le président français, qui arrivera avant même la mise en place de l’accord de Paris (qui doit entrer en vigueur en 2020) afin de répondre à l’urgence. « Une conférence sur le climat ce n’est pas seulement des textes, des chiffres, mais ce sont aussi des actions concrètes, qui doivent dès le lendemain de Paris, donner de l’espoir. » Un appel à peine voilé à ce que les autres pays développés lui emboîtent le pas. Aucun d’entre eux n’a pris part à ces nouveaux engagements financiers.

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