Agroalimentaire

Le « potentiel méconnu » de l’agroécologie africaine vanté en marge de la COP21

Paysan dans un champ de blé à Qalubiyah, en Égypte, en mars 2013. © Hassan Ammar/AP/SIPA

Trente-trois études de cas constituées pendant trois ans par l'Oakland Institute auprès d'une population de deux millions de foyers ruraux d'Afrique subsaharienne vantent le "potentiel économique, social et de sécurité alimentaire" des techniques agroécologiques.

Diversification des espèces cultivées, semis de deux types de plantes dans un même champ (cultures intercalaires), fertilité des sols ménagées grâce au fumier et au composte, traitement biologique des mauvaises herbes… l’application de ces techniques agroécologiques, relativement simples à déployer, peut faire des merveilles.

C’est le plaidoyer que développe l’ONG américaine Oakland Institute, en pointe sur les questions environnementales, à travers 33 études de cas recensées auprès d’une population de deux millions de foyers ruraux d’Afrique subsaharienne et rendues publiques mi-novembre.

Productivité

Un exercice de communication censé informer et influencer les discussions menées lors du sommet mondial de Paris sur le climat, la COP21, dont l’agriculture est l’une des thématiques majeures, alors que les émissions de gaz à effet de serre issues des activités agricoles sont en nette progression, comme le rappelle la FAO.

L’Oakland Institute montre par exemple qu’à Tigray, en Éthiopie, la productivité des cultures de céréales a crû en de 60 % entre 2003 et 2006, alors même que les quantités d’engrais utilisés ont baissé de 40% sur la même période. C’est le résultat d’un programme engagé en 1996 par l’institut canadien pour le développement international, IISD, le bureau du développement agricole et rural de Tigray et l’Université éthiopienne de Mekele. En 2010, 20 000 foyers ruraux en ont bénéficié.

Autre cas mis en exergue : le programme sous-régional en gestion intégrée de la production et des déprédateurs de gestion, introduit par la FAO via des « champs écoles » au Ghana en 1996 puis étendu à plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest. Dans les fermes sénégalaises passées au crible, il a induit une hausse des rendements (de 5,19 tonnes de riz par hectare à 6,48 tonnes), une baisse moyenne de 3,2 litres du recours aux pesticides et une économie de 60 dollars du coût d’exploitation par hectare. Sur les 14 récoltes étudiées auprès des riziculteurs sénégalais, une hausse moyenne de revenu de 387 dollars a été constatée.

À ce jour, 180 000 agriculteurs dans 10 pays d’Afrique de l’Ouest ont bénéficié du programme onusien, dont l’objectif est de s’étendre à 400 000 fermes d’ici 2017.

Diversification et traitement biologique

Pour Frédéric Mousseau, directeur des programmes de l’organisation américaine, interrogé par Jeune Afrique, « ce sont des méthodes qui perdurent dans l’agriculture coutumière, encore largement prédominantes en Afrique subsaharienne ». Pour l’activiste, il s’agit d’un « potentiel économique, social et de sécurité alimentaire méconnu qui devrait être mis en valeur plutôt que d’être traité comme arriéré ».

Ces techniques font également diminuer le recours aux engrais, gros contributeurs des gaz à effet de serre agricoles, et ont un rôle à jouer dans la réduction globale du réchauffement climatique, note encore le rapport.

Début novembre, 300 participants représentant les gouvernements, la société civile, la recherche et le secteur privé ont appelé à « mettre en place et alimenter un fonds africain pour le développement de l’agroécologie », l’une des 23 recommandations de la Rencontre régionale sur l’agroécologie pour I’Afrique subsaharienne organisée alors à Dakar.

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