Sécurité

Terrorisme en Belgique : non, Molenbeek n’est pas le Molenbeekistan !

Deux passantes dans la commune de Molenbeek, à Bruxelles.

Deux passantes dans la commune de Molenbeek, à Bruxelles. © Michael Probst / AP / SIPA

Depuis les attentats du 13 novembre à Paris, les caméras du monde entier ont braqué leurs objectifs sur la commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean, dont plusieurs terroristes sont originaires. Une surexposition médiatique qui indispose et attriste les habitants. Reportage.

« Les gens ne nous voient plus comme des personnes… c’est triste. Ils ne voient plus que la barbe et le voile, comme si nous n’étions plus des êtres humains », explique Fatima [son nom a été changé], une jeune femme d’origine marocaine croisée dans un magasin de la Chaussée de Gand. De part et d’autre de cette artère commerçante emblématique de la capitale belge, les magasins de vêtements, salons de coiffure, boulangeries, boucheries, fast-food et snacks halal ont vu leur clientèle baisser drastiquement depuis les attentats du 13 novembre à Paris.

Ça et là, on croise des regards fuyants et menaçants à la vue d’un appareil photo, d’un micro ou d’une caméra. La parole se fait rare. « Madame, nous, on n’a pas d’émotion, on a rien à dire », dit un jeune assis sur un banc avec deux amis, derrière la maison communale. À quelques mètres de là, sur la place, les journalistes de la presse étrangère ont envahis les lieux pour faire des micro-trottoirs.

« On a pas l’habitude de voir autant de médias », explique Pharred, un jeune libraire bruxellois d’origine marocaine, qui tient le Salam, à deux pas de là. « Vous savez, Molenbeek aujourd’hui c’est devenu Molenbekistan. C’est vraiment dommage que ce soit tombé sur cette commune, dont l’image est ternie par la presse. » Phared explique aussi qu’il a une clientèle très variée, parmi laquelle il a compté un certain Salah Abdeslam, un des suspects des attentats du 13 novembre, aujourd’hui en fuite. « Salah venait ici, c’était un jeune sans histoire. Vous savez ici, tout le monde a été étonné. Celui qu’on nous montre à la télévision, ce n’est pas le jeune homme que nous avons connu… »

« Molenbeek, c’est autre chose »

À quelques encablures de la place communale, dans la rue Jean Baptiste Decock, c’est au tour de Khalid, l’épicier, de s’indigner. « Molenbeek, c’est autre chose que ce qu’on nous montre à la télévision. On ne peut pas parler de Molenbeek comme d’un seul bloc. Même au niveau des communautés, il y a de tout, des personnes d’origine marocaine, des Algériens, des Belges, des Subsahariens… Je pense que tout ce qu’on dit sur cette commune ne veut tout simplement rien dire », s’exaspère-t-il en fixant sa télévision constamment branchée sur France 24.

Malgré l’agacement suscité par les raccourcis médiatiques, certains discours sont cependant un peu plus nuancés. « Molenbeek doit assumer l’image qu’elle a. L’image d’une des rares politiques communautaristes qu’il y a eues à Bruxelles. Il faut assumer et ne pas poser uniquement un regard angélique sur cette commune », confie Tarek, un jeune rencontré à la Maison des cultures et de la cohésion sociale de Molenbeek. Qui conclut, optimiste : « Heureusement qu’il existe des lieux comme celui-ci qui propose une autre image que celle de pauvreté dont est affublée la commune. »

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