Droits de l’homme

En Centrafrique, le salut des déplacés devra encore attendre

| Par - à Bangui
Mis à jour le 30 novembre 2015 à 12h03
Un hélicoptère des Nations unies à Bangui lors de la visite du pape François, le 30 novembre 2015.

Un hélicoptère des Nations unies à Bangui lors de la visite du pape François, le 30 novembre 2015. © Andrew Medichini/AP/SIPA

Dimanche 29 novembre le pape François s’est rendu dans le camp de déplacés de la paroisse Saint-Sauveur. En deux mois, leur nombre a quasiment doublé dans la capitale et ce sont donc presque un million de personnes qui ont dû fuir leurs maisons depuis le début du conflit, soit le quart de la population du pays.

« Paix durable en RCA. Sécurisation des quartiers, retour des déplacés » ou encore « Désarmement des forces armées. » Les bannières qui ornent les murs du camp de déplacés de Saint-Sauveur à Bangui apparaissent comme autant de doléances, que les habitants du camp ne se sont pas encore vu accorder.

Au pied de l’un de ces slogans est assise une femme d’une soixantaine d’années, les jambes paralysées, maculée de terre. Arrivée fin septembre ou début octobre (elle « ne compte plus les jours »), elle profite de quelques instants de tranquillité. Comme tout le monde, elle attend un invité de marque : le pape.

« Situation déplorable »

Il y a quelques semaines, Saint-Sauveur n’était encore qu’un petit camp. Selon Gemma Cortes, responsable de l’information publique à l’Office des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha), ce camp créé en 2013 ne comportait récemment plus que 75 personnes. Puis, le 26 septembre, des violences ont secoué Bangui, faisant plus de 60 morts et 300 blessés, selon le dernier bilan du gouvernement. En peu de temps, le camp s’est ainsi rempli jusqu’à atteindre, aujourd’hui, presque 4 000 résidents.

« La situation y est déplorable, » assène Leah Feldman, infirmière pour Médecins sans frontières, qui s’occupe d’une clinique mobile dans le camp. « Il n’y a aucune hygiène, et le taux de paludisme est encore plus élevé que dans le reste de la ville. » Le camp n’est pas le seul dans ce cas : juste à côté, le centre Jean XXIII abrite plus de 5 000 déplacés… Lui aussi, avant les événements de fin septembre, n’en abritait que 160.

En deux mois, le nombre déplacés a quasiment doublé

Selon les chiffres de l’Ocha, avant la crise de fin septembre, on ne comptait plus que 27 000 déplacés à Bangui. En deux mois, ce chiffre a quasiment doublé : on l’estime à environ 58 000. Au total, il y aurait aujourd’hui 447 000 déplacés en Cenfrafrique, et 452 000 réfugiés dans les pays alentours. Ce sont donc presque un million de personnes qui ont dû fuir leurs maisons depuis le début du conflit, soit le quart de la population du pays.

Toujours selon l’Ocha, 2,3 millions de Centrafricains ont un besoin « urgent » d’aide humanitaire.

Le pape attendu comme le messie 

Les habitants de Saint-Sauveur attendaient la venue du pape comme celle du messie. « Seul lui peut nous réconcilier, car les bandits et les groupes armés n’écoutent pas les politiques, » espérait un jeune homme. Lors de l’arrivée du chef du Vatican, Saint-Sauveur était en fête : tout en danses, en chants et en applaudissements.

Mais à peine le pontife a-t-il quitté les lieux que la vie du camp a repris son cours normal. Ce qui, quelques minutes avant, était un lieu de liesse et de discours n’est plus qu’un sobre périmètre où l’on s’allonge à l’ombre, à même la poussière.

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